Itinéraire d’un tour du monde avorté

itinéraire tour du monde

Et oui, c’est une arnaque ! Vous ne trouverez pas ici d’itinéraire prévisionnel avec un tableau détaillé quasi jour par jour et une ligne « budget » correspondant. Mais lisez quand même, il y a des chances que ça vous intéresse…
Cela dit, vu que je ne suis pas vache, je vous donne quand même le lien de l’itinéraire effectué pendant notre première année de voyage. C’est ici !


On dit qu’un voyage ne commence pas vraiment le jour du départ et ne finit pas plus celui du retour.

Pour le retour, je ne saurai en parler. A l’heure où j’écris, je suis littéralement à l’autre bout de la planète, là où on peut voir le soleil se lever avant tous les autres habitants du monde. J’ai troqué un été caniculaire Français contre un hiver timide au pays des Kiwis. Un appartement Parisien confortable et inabordable contre un van douillet et un poil humide. Alors de retour il n’y a point encore eu.

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Grasse mat’ en van

Mais pour le départ, je ne peux que confirmer. Non, un voyage au long court ne commence pas à Charles De Gaulle, en regardant la terre Française s’envoler depuis notre avion qui nous transporte vers les terres inconnues d’un autre continent. Ni même au moment où l’on rend les clés de son appartement et que l’on sert son frère dans les bras pour la dernière fois avant de longs mois. Je crois que le voyage commence bien avant, à l’instant où, sans en avoir encore totalement conscience, on formalise l’envie de le faire.


Décider de partir… ailleurs

La prise de décision est un moment terrifiant. Bien plus que de voir son pays natal s’éloigner par le hublot. Bien plus que d’arriver dans sa première ville Indienne, perdue et perplexe face à une agitation jusqu’alors jamais vue. Parce que l’on ressent un vrai vertige à voir son destin basculer. La terre se dérobe sous nos pieds et le vide paralyse. Mais maintenant que le chemin n’est plus tracé, on peut le construire comme on l’entend. Et si c’est effrayant, c’est également incroyablement grisant.

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Marché à l’Indienne… Un peu déroutant quand même !

Alors on s’emballe. On veut TOUT faire et TOUT voir. On veut TOUT vivre, en somme. Les montagnes Himalayennes, les plages de Thaïlande, l’Opéra de Sydney ou l’Amazonie Brésilienne sont à notre portée. À l’échelle du monde, tout est proche de tout. Aller en Nouvelle-Zélande sans passer par l’Australie ? Ce serait idiot !

On est influencés par ce que l’on voit en ligne, les must-do, top 10 et autres incontournables. On ne pense plus vraiment à l’Afrique ou au Moyen-Orient, d’ailleurs. Il y a déjà énormément à faire pour imiter nos semblables. Des itinéraires très précis sont donc élaborés, pour gagner du temps. Il ne faut pas gâcher. L’organisation devient militaire et chronométrée. C’est comme si, en prenant conscience d’avoir failli perdre son temps dans une vie moins passionnante, on décidait tout d’un coup de le rentabiliser. Nous voici devenus nos propres patrons. Et on est intraitables.

Mais voilà, on n’est pas les seuls à être passés par là. Au détour de quelques blogs, perdues entre les lignes des budgets et des « bilans », on trouve des phrases qui mettent en garde.


Prenez votre temps. Ralentissez. Improvisez.

Ces mots semblent clignoter sur les écrans. Parce qu’au fond, on n’est pas vraiment à l’aise avec ce qu’on est en train de concevoir. Il y a des incohérences qui résonnent dans nos têtes, des engrenages qui ne s’enclenchent pas. Ne partons-nous pas justement pour nous libérer de la pression du temps et des objectifs à atteindre ?

Mais la tentation de vivre toutes les choses racontées par ces autres tour-du-mondistes est forte. On a envie de « cocher » pleins de pays et de pouvoir énumérer nos réussites dans des listes qui font baver de jalousie. On a envie d’être à leur place, de mettre nos visages sur ces photos au contraste exagéré et aux couleurs exacerbées. Et puis, le temps, c’est de l’argent. On sait qu’un jour au Cambodge coûte en moyenne 23 euros par personne, tandis qu’un autre en Australie peut monter jusqu’à 60. Alors, bon, prendre son temps, c’est bien, mais l’argent non plus n’est pas illimité.

On ne réalise pas à cet instant qu’il s’agit là d’un mauvais calcul. Il nous manque l’expérience de la route pour comprendre qu’en réalité, prendre son temps permet à l’inverse de réduire les coûts. Mais pour l’instant on se satisfait de cette excuse.

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Voyager en moto en Asie : pas de quoi se ruiner !

Organisation militaire et décisions générales

Et puis les mois passent. Au delà de l’organisation administrative et économique, les itinéraires accaparent les esprits. C’est normal, après tout. Ils permettent de se projeter, de rêver à ce que l’on va vivre alors que l’on n’est pas encore partis et que le quotidien se fait lourd et lent. Mais il s’agit là d’une tâche ardue : il faut prendre en compte les saisons, les prix des billets d’avion, les envies de l’un comme de l’autre, les distances. En deux mots : rentabiliser et optimiser. Il faut le réussir, ce voyage.

Devant l’immensité de la tâche et du nombre de pays « incontournables », on se dit alors qu’il vaut mieux rallonger la durée envisagée du séjour. Finalement, un an c’est un peu court, disons plutôt 18 mois. De toutes façons, on n’est pas éligibles pour bénéficier d’une année sabbatique, alors bon. Six mois de plus, ça ne va rien changer à nos carrières et à nos vies. C’est PRESQUE un an, après tout.

Mais sans le savoir, on vient de se libérer d’un lot de contraintes que nous nous imposions tous seuls. Parce que la première conséquence de cette décision, c’est que nous n’avons plus aucun intérêt à souscrire à un billet Tour du Monde.

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On y va à la rame ?

Les billets Tour du monde : une prison pour voyageur ?

Les billets tour du monde, tous les futurs voyageurs au long court en ont entendu parler. Il s’agit d’un mega pack de billets d’avion qui permet d’organiser tous ses vols à l’avance en vu de faire le tour du monde. Ainsi, pas besoin d’y penser une fois sur la route : on choisi son itinéraire, et on s’y tient.

Ceux-ci sont marketés comme étant rentables et économiques pour les voyageurs. Sur le moment on y croit, d’ailleurs, car encore une fois l’expérience nous manque pour savoir que 5000 euros de billets en un an, c’est un montant excessif et très peu intéressant.

Quoi qu’il en soit, ces billets ne sont valables que dans une limite de 12 mois depuis et vers notre ville d’origine. En augmentant la durée du voyage, on se coupe donc de cette possibilité.

Et finalement, ça tombe très bien. Car ils sont loin d’être synonymes de liberté. Un sacré paquet de règles d’utilisation ajoutent de la contrainte au projet des futurs voyageurs. Il ne faut voler que dans un sens défini, sans retour possible. Il ne faut pas changer trop souvent de continent (exit l’Afrique). Et surtout, il faut tout prévoir à l’avance. Alors certes, on peut faire des modifications, mais ça reste très contraignant. Et comment savoir un an avant de partir où on voudra aller et pour combien de temps ?… Sans parler de l’envie de rentabiliser son billet Tour-du-monde en volant un maximum de fois, donc en augmentant le nombre de pays visités et en raccourcissant le temps passé dans chacun.


On confie alors l’organisation de notre voyage aux « nous » du futur…

Ceux qui vivent dans le présent.

Car maintenant que cette option est hors de portée, on se sent étrangement plus libres. On n’a plus besoin de tout prévoir. Ni nos destinations, ni la durée que l’on souhaite passer dans chaque pays. Et cette vision du voyage semble bien plus en accord avec notre état d’esprit.

Alors on regarde notre bel itinéraire, fruit du travail acharné de ces derniers mois, de discussions, de compromis et de recherches prenantes, joliment affiché sur une page interactive.

Et on le supprime. BAM.

Maintenant, il faut tout reprendre à zéro. Des amies parlent d’un voyage au Sri Lanka. Pourquoi pas, il faut bien un point de départ. Destination adoptée ! Le second d’entre nous choisira un pays proche, qui l’intrigue, pour voyager en solo pendant ce temps : ce sera l’Inde. Et voilà. Rien d’autre que cela.

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Découverte du Sri Lanka avec des amies, mon point de départ

Dans la foulée, la notion de date de retour est elle aussi remise en question. Si on ne sait pas où on va, comment peut-on savoir combien de temps on voudra y rester ?

En donnant une date de retour à nos familles, on prend le risque de les décevoir si on la repousse, ou de se sentir obligés d’aller jusqu’au bout si on a finalement envie de rentrer avant. Comme il faut quand même rassurer un peu tout le monde, on lance des « boarf, je sais pas, un an, un an et demi » quand la question vient sur le tapis. Il faut dire que c’est ce qui intéresse le plus les proches en fait, puisque c’est ce qui les impacte directement. Mais notre « botage-en-touche » suffit pour le moment et chacun s’en satisfait.

Alors voilà, en quelques mois notre projet de tour du monde bien rôdé s’est transformé en voyage au long court sans itinéraire ni date de retour. Et c’est la meilleure décision que nous ayons prise.

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Qui aurait cru que l’on passerait deux mois au Vietnam ?
(ou que Max aurait les cheveux longs ?!)

Alors ce tour du monde, on le fait ou pas ?

Après un an sur les routes, je peux dire que la notion de « tour du monde » est assez superficielle. Elle implique de faire de longues distances très rapidement, de dépenser énormément (trois fois plus qu’un voyage au long court classique – voir la section budget de notre article sur la première année de notre voyage) et de gérer son voyage comme un projet professionnel que l’on cherche à rentabiliser. Et puis il n’y a rien de vraiment fascinant dans le fait de faire le tour de la terre, littéralement. C’est une notion marketing. Il faut penser aux platistes, eux aussi ont le droit de voyager !

Blague à part, s’abroger de la notion de tour du monde permet en fait une énorme liberté.

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L’Himalaya Népalaise n’était pas au programme initialement… et quelle claque !

Si vous prévoyez ou revenez d’un tour du monde, c’est génial, évidemment. C’est une expérience qui va/vous a marqués et que vous allez/avez forcément adoré. Mais prenez le temps de réfléchir aux raisons qui vous poussent à partir, et à ce qui compte pour vous. C’est très probablement un projet hyper important, donc ne vous contentez pas de copier ce que vous trouvez en ligne si cela ne vous convient pas totalement.

Demandez vous également si vous êtes surs de savoir quel type de voyageur vous êtes. Si c’est votre premier voyage au long court, il y a fort à parier que votre état d’esprit va changer dès les premières semaines sur les routes. Ne vous enfermez donc pas dans des itinéraires et des réservations avant même d’être partis.

… Ce serait dommage de se sentir obligés de suivre un plan alors que l’on a le monde à portée de pied ! 😉

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Pour lire quelques autres articles autour du sujet, suivez les liens :  One chaiAF newstravel ou Un voyage sans nom.


Retrouvez également le résumé de notre première année de voyage au long court.

6 réflexions au sujet de « Itinéraire d’un tour du monde avorté »

    1. Ton article m’a vraiment marqué en fait, parce qu’il mettait des mots sur pas mal de questions que je me posais autour des itinéraires des voyages au long court et de l’effet de mode autour de certains pays. Même si pour l’instant on est restés dans des pays assez touristiques (en grande partie parce que c’est en Asie qu’il était le plus simple de voyager à moto), on compte bien tenter des destinations moins courues. Avec en priorité l’afrique de l’Ouest et cette grande question : y a t-il des backpackers dans le coin ?? Mais le Liechtenstein ne paie rien pour attendre ! 😉

    2. On trouve un peu de backpackers en Afrique de l’Ouest (je suis allé au Burkina en 2012 et au Bénin en 2015). Au Burkina, ça a dû bien chuter avec les problèmes sécuritaires au Sahel cela dit. Alors évidemment, on est loin des foules de l’Asie du Sud-Est, mais on trouve tout de même un peu de monde, et certaines guesthouses ciblent clairement cette population.

  1. Haha je suis d’accord avec Laurent, n’oublions pas les platistes ! Ca m’a fait rire aussi !! Beau retour d’expérience, le principal étant de voyager à sa façon, même si ce n’est pas ce qui était prévu au départ. Et merci pour le lien vers notre article au passage !

    1. Tout à fait d’accord ! Personnellement, si c’est différent de ce qu’on avait prévu je pense que c’est même mieux. Si on arrive à prévoir ce que l’on va vivre alors que l’on part pour des terres inconnues, c’est un peu triste… 🙂

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