Acheter, conduire et revendre une moto en Inde du Sud

Royal Enfield

Après près de trois semaines en solo en Inde du Sud, Max a fini par craquer et par réaliser l’envie qu’il ressassait depuis un moment : acheter une moto pour vadrouiller dans le pays. Et pas n’importe laquelle ! Une Royal Enfield, les mythiques et magnifiques motos Indiennes (et pour que je dise d’une moto qu’elle est belle, il faut vraiment qu’elle le soit !).

Après quelques semaines de voyage en moto (et vu comme on a galéré pour trouver des infos en ligne), je me suis dit que je pouvais faire un petit récap’ de notre expérience et des points à retenir.


SOMMAIRE D’ARTICLE


Pourquoi acheter une moto en Inde ?

Un peu comme partout, avoir son propre mode de transport permet vraiment de sortir des sentiers classiques et de découvrir l’arrière-pays, d’aller là où les trains ne s’arrêtent pas et où les touristes ne prennent donc pas le temps d’aller. Même si je n’ai pas voyagé longtemps avec (15 jours), mes meilleurs souvenirs indiens y sont liés et je persiste à penser que c’était une super expérience. Les contacts avec la population sont très différents, et ils sont fiers de nous voir au guidon de leur bécane nationale.

En revanche, il est important de prendre en compte le temps dont on dispose sur place : nous avons fait l’erreur de l’acheter alors qu’il ne nous restait à peine plus d’un mois dans le pays (erreur numéro 1 !). En comptant les démarches administrative et le temps de la revente, ce n’était clairement pas suffisant pour être sereins, et c’est ce qui nous a gâché l’expérience. Je dirais donc que c’est à faire si on a au moins deux mois devant soi ou si nos visa sont extensibles. Si ce n’est pas le cas, autant se tourner vers une location, quitte à ce qu’elle coûte plus cher.


De quels permis ai-je besoin ?

Techniquement, le permis moto est nécessaire pour conduire une moto au delà de 125cc en Inde. Dans la réalité, j’ai beaucoup entendu que le permis international suffisait, même si on ne nous l’a jamais demandé et qu’il n’est pas officiellement reconnu. En théorie, on peut donc conduire sans aucun permis (ce que j’ai fait sous la supervision de Max).

Mais au delà du critère légal, c’est surtout une question d’expérience et d’aisance sur les routes. La conduite en Inde peut être très sportive : il faut être réactif, savoir réagir comme il faut avec la sérénité qu’il faut pour ne pas être un danger pour soi et pour les autres. Conduire avec la boule au ventre et sous le coup du stress peut devenir un supplice et être très risqué. J’ai adoré conduire sur les routes désertes ou les autoroutes moyennement fréquentées, mais jamais de ma vie je ne me serais risquée ailleurs, et dès que je ressentais de la fatigue ou un peu d’angoisse, je m’arrêtais et je donnais le guidon à Max. Bon, moi c’est particulier puisque j’apprenais à conduire. Mais quand même !

Mes premières leçons de conduite : pour passer la première sans jamais caler !

Acheter une Royal Enfield

Choisir le model

La première étape est donc de trouver l’engin qui va nous accompagner. Et déjà là, ça peut être compliqué. Soit on l’achète neuve (mais il faut prévoir de nombreux mois à l’avance, avoir des contacts en Inde pour faire les démarches et être prêt à la payer très cher), soit on l’achète d’occasion à un particulier.

Ceci se fait très fréquemment en Inde : le nombre de moto (notamment Royal Enfield) dans les rues est impressionnant, partout où nous sommes allés. Il y a beaucoup de turn-over, d’offres et de demandes. Les transactions se font en quelques jours.

Je conseillerais d’ailleurs de choisir un modèle classique en 350cc plutôt que les Bullet et les 500cc. D’une part parce que ces modèles se vendent et s’achètent moins, mais aussi parce que les pièces d’une classic 350 se trouvent vraiment partout, contrairement aux autres modèles.

Écumer les sites de vente à particulier

Une fois que l’on sait ce que l’on cherche, le mieux est d’aller sur OLX.in qui est l’équivalent du bon coin en Inde. Les mécanos peuvent nous mettre en contact avec des vendeurs, mais ils vont se prendre une jolie commission et essayer de nous faire payer plus que le prix réel de la moto. On a préféré passer directement par les particuliers.

A présent, il faut bien observer les prix et demander si possible à des locaux de nous aiguiller quant aux valeurs réelles des offres. En effet, les prix affichés vont être prévus AVANT négociation, et ne seront donc pas du tout fidèles à leurs valeurs.

Négocier

Ça a été notre erreur numéro 2 : nous avions payé la nôtre 105 000 roupies (pour un modèle en parfait état de 2015) alors qu’on n’aurait pas dû la prendre au dessus de 95 000… Ca fait déjà une grosse différence qui se sent à la revente (et dans notre budget !). Il faut compter autour de 100 000 roupies (1330 euros environ) pour une Royal Enfield Classic 350 d’occasion, sachant évidemment que le prix va dépendre de son âge, son kilométrage, de l’urgence de la vente chez le vendeur et de nos capacités de négociations!

Une fois que l’on a trouvé une offre et qu’on est tombés d’accord sur le prix, il reste à aller vérifier la moto, puis procéder au paiement et à la passation des papiers officiels.

Pour les vérifications, il faut évidemment tester la bête, s’assurer qu’elle n’a pas de défauts majeurs et que le vendeur ne cache rien… ce qui est très difficile à savoir. La nôtre perdait notamment un peu d’huile, et le vendeur nous a juste dit « ah… j’avais pas vu ! ». Ce n’était pas grand chose à réparer, mais les gros défauts peuvent aussi être cachés.

Payer

Pour le paiement, il se fait toujours en liquide. Les indiens que l’on a rencontré n’utilisaient jamais Paypal, à cause des frais de transaction. Si l’on ne veut pas voir l’offre nous passer sous le nez, il faut donc s’assurer de pouvoir retirer assez d’argent rapidement (le montant des retraits aux distributeurs étant souvent limité à 10 000 roupies).

Concernant les papiers officiels, il est capital de s’assurer que le vendeur fournit bien les formulaires 29 et 30 signés sur toutes les pages en deux exemplaires, ainsi que la RC du véhicule, équivalent de la carte grise chez nous. Il faut aussi penser à vérifier l’assurance de la moto ! Si elle est expirée, demander au vendeur de la renouveler. Ça ne lui prendra pas plus d’une heure.

S’équiper

Il reste maintenant à acheter des casques et éventuellement des portes-bagages/tendeurs (qui ne sont jamais d’office installés sur les motos indiennes) et filer sur les routes de ce beau pays ! … ou presque.

Enfield et sacs à dos
Prêts pour découvrir les routes de l’Inde !

Les démarches administratives

Même si l’on possède les papiers officiels de la moto, nous ne sommes pas reconnus légalement comme propriétaires. Pour mettre notre nouvel achat à notre nom, il faut se rendre dans un RTO (bureau gouvernemental) que l’on trouve dans toutes les grandes villes. Moyennant 150 à 500 roupies (suivant les états) ainsi que tous les documents de la transaction (Form 29, 30 et RC), une photocopie de notre passeport et une photocopie de notre permis (international), l’administration indienne pourra s’occuper de notre cas, et sous nous recevrons tous les documents sous deux à trois semaines. Félicitations, on peut rouler et klaxonner en toute légalité !

Oui, mais ça c’est sans compter sur notre erreur numéro 3 : faire confiance aux indiens qui ont omis de nous préciser qu’il faut ajouter un document à cette liste : une preuve de résidence dans la ville depuis laquelle nous sommes en train de faire les démarches. Mais on est des touristes nous, on n’a pas de preuve de résidence en Inde !

Heureusement, en Inde tout est possible. On contacte l’ancien propriétaire qui fait appel à un agent spécialisé dans ce genre de démarches. Il va juste falloir sortir un poil plus de billets (autour de 3000 roupies) et patienter le temps de la procédure. Trois semaines plus tard, nous voilà propriétaires d’une moto indienne !

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Prévoir du temps

… En théorie. Parce que dans notre cas, c’est sans compter sur l’erreur numéro 1 citée plus haut : le manque de temps. Nous n’avions pas trois semaines à accorder à de nouvelles démarches administratives puisque nos visa expiraient moins d’un mois plus tard et qu’il nous fallait absolument la revendre. Sous les coups de pression de l’ancien propriétaire (qui voulait absolument que la moto ne soit plus à son nom pour éviter d’être responsable de nos éventuelles conneries), nous sommes retournés à Chennai, où il vit, pour vendre la moto. Ce fut l’erreur numéro 4. En réalité, nous n’avons même pas eu besoin de lui et il ne nous a jamais recontactés… On aurait mieux fait de continuer notre périple et de s’en préoccuper plus tard !

… Ou laisser tomber

Mais que se passe-t-il si on ne met pas la moto à notre nom ? C’est la question que nous nous sommes beaucoup posée. Au final, si vous n’avez pas d’accident et que vous roulez avec un casque pour ne pas vous faire arrêter/éviter de mourir, rien. Vous perdrez peut être un peu d’argent à la revente mais rien de bien méchant si vous avez les papiers en règle. Nous n’avons jamais été arrêtés. Bon, il vaut mieux éviter de se faire remarquer quand même (pas de wheelings sur le trottoir quoi) !

Si vous avez un accident, en revanche, vous ne pourrez pas faire marcher l’assurance pour réparer les casses et ça peut être beaucoup plus compliqué. Comme toujours en Inde, les règles et démarches administratives semblent très floues et hasardeuses…


Rouler en Inde

Maintenant que l’on a enfin la moto, il s’agit de conduire avec. Voici les quelques règles de base qu’il faut toujours garder à l’esprit.

S’adapter aux règles locales

Les routes et la conduite en Inde peuvent paraître folles. Mais si on est un bon conducteur (ou qu’on se trouve à l’arrière sur une moto conduite par un), c’est tout à fait faisable. Moi qui suis très angoissée sur les routes, même en France, j’ai été agréablement surprise une fois sur la moto. J’ai eu bien plus peur dans les bus indiens, notamment dans les montagnes du Kerala ! Finalement, être libre de son véhicule permet de rouler à son rythme et de garder ses distances avec les autres tant que possible. Règle numéro 1 : nous sommes les plus petits, donc les plus fragiles. A nous de laisser la priorité aux fous du volant en bus, rickshaw, camion, voitures, 4×4, et même aux vaches !

Ne pas conduire de nuit

Il ne faut JAMAIS (J.A.M.A.I.S) conduire la nuit. Même un peu, même pas loin, même pour « juste finir le trajet avant demain ». JAMAIS. Il n’y a quasiment aucun éclairage, les indiens ne connaissent pas les feux de croisières (éblouissement garanti) et les animaux en ont rien à foutre qu’il fasse nuit et que vous ne les voyiez pas. J’ai dit « jamais » ? JAMAIS.

Ne pas trop en faire

Les distances sont à prévoir en fonction du pays. En Inde, nous nous limitions à 250-300 kilomètres la journée, ce qui fait déjà environ 6 heures complètes de route pour une moyenne de 50 km/h. Les Royal Enfield ont beau être confortables, on est quand même claqués. Et la fatigue devient dangereuse.

Se protéger

Comme sur toute moto, il faut toujours porter un casque et des vêtements qui couvrent bien la peau (oui, je sais, je ne le faisais pas tout le temps au début mais j’ai vite changé d’attitude et notamment quand on prenait un peu de vitesse).

Ne pas craindre la panne

En cas de soucis mécanique (et il y en aura FORCEMENT), on trouve toujours une solution de dépannage. Il y a des mécano tous les 30 kilomètres dans tout le pays. Et si on est arrêtés au bord de la route, il y a forcément un ou plusieurs indiens qui s’arrêtent pour aider. Ils ont l’habitude des bécanes et savent régler la majorité des soucis classiques. Je me souviens de deux jeunes en scooters qui nous ont sauvé au bord d’une autoroute quasi-déserte en bricolant sur les fils de notre moto (qui refusait de démarrer) pour raccorder la batterie qui avait mal été placée la veille par un garagiste. Avec le ciseau de ma trousse de secours (la seule utilité de ce truc là d’ailleurs !), ils ont bidouillé ça en deux minutes et on a pu repartir.

Test de la Royal Enfield

La fin du voyage approche… Comment vendre la moto ?

De retour sur les sites

Comme pour l’achat, le meilleur moyen reste OLX.in. Le seul bémol c’est qu’il faut un numéro de téléphone indien pour se créer un compte, mais ça se trouve facilement. Ensuite, il ne reste plus qu’à attendre et à négocier avec les potentiels intéressés. A savoir que les indiens négocieront avant même de venir voir la moto. On gagne tous du temps comme ça ! Nous, ça a été notre erreur numéro 5 : nous avons fait confiance à l’ancien propriétaire qui nous a assuré qu’il remettait l’annonce en ligne pour nous. En réalité, il est parti en vacances et nous avons perdu une bonne semaine sans avoir aucune offre.

Du coup, on a opté pour une solution alternative : Facebook et les pages pour expatriés. C’est comme ça que nous avons trouvé notre acheteur, un indien basé en Allemagne, qui nous proposait de payer par Paypal (et heureusement, parce que se trimbaler avec 80 000 roupies en coupures sur nous alors que nous quittions l’Inde dans dix jours, c’était pas le top).

Prendre son temps

Le problème, ça a été notre erreur numéro 6 (ça commence à faire !) : nous étions pressés de partir de Chennai et de se débarrasser du problème de la moto, qui nous angoissait pas mal. L’acheteur l’a bien sentit et a négocié comme un chef. Il nous l’a achetée pour 1000 euros, soit 300 en dessous son prix réel. Nous le savions, mais nous avons décidé de « payer » pour notre temps en Inde et pouvoir visiter le Kerala. Prévoir du temps pour la revente est donc très important !

Les mécanos, une solution de secours

On peut également vendre son véhicule en demandant autour de soi : dans les grandes villes, il y a toujours des dizaines de personnes qui cherchent à acheter des motos (locaux, touristes, les gérants des hôtels…). Reste à savoir à quel prix ! On peut aussi aller voir les mécaniciens pour qu’ils nous mettent en relation avec des personnes potentiellement intéressées. Nous l’avons fait sans aller jusqu’au bout, car ils nous ont demandé entre 1000 et 2000 INR de commission. Faut pas abuser.

Enfin, il est à noter que revendre une moto dans un autre état que celui où on l’a acheté lui fera perdre un peu de sa valeur : en effet, le nouveau propriétaire devra débourser un peu plus pour faire les démarches administratives, et il nous fera compenser ce coût.

La Royal Enfield porte nos sacs

Malgré la complexité apparente des démarches, acheter et conduire une moto en Inde se fait plutôt facilement. Et le jeu en vaut la chandelle ! Je regrette vraiment de ne pas avoir pu la garder pour visiter le Kerala, parce que se promener dans les montagnes en moto doit vraiment valoir le détour.

Si j’ai écrit ce long article explicatif, c’est parce que je veux garder une trace des informations que l’on a (péniblement) réussies à collecter, ainsi que de notre expérience : j’inscris en nouveau rêve le projet de revenir en Inde pour une durée plus longue, acheter à nouveau une moto (en étant cette fois bien dans les règles) et visiter les magnifiques montagnes du nord ! Ça en jette ou pas ?

Acheter Royal Enfield Inde

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