De Koh Kong à Battambang en moto : le Cambodge coupé du monde

Route Koh Kong à Battambang en moto

Après avoir passé quelques jours bien plaisants à Koh Kong, nous nous lançons enfin sur le trajet que nous attendions et redoutions à la fois : rejoindre Koh Kong à Battambang en moto.

De Koh Kong, nous prévoyons donc deux jours de trajet. Le premier a pour objectif d’arriver jusqu’à Veal Veng, un village particulièrement isolé du pays appartenant au district du même nom. Celui-ci était le dernier district à appartenir aux Khmers Rouges, qu’ils ont finalement abandonné à la fin des années 90. C’est justement sa situation géographique et son isolement qui les a attirés ici. En effet, les sentiers qui y mènent sont impraticables lors de la saison des pluies, et même lors de la saison sèche s’il a plu deux ou trois jours d’affilée. Du reste, il y a très peu d’habitations (donc d’aide en cas de soucis mécanique ou autre) et les rares villages sont entourées de jungle. Difficile donc d’aller les déloger là-bas.

Comme les Khmers Rouges étaient planqués dans la région, ils ont balisés le terrain de mines antipersonnel. C’est la zone la plus minée du pays, ce qui explique aussi pourquoi encore aujourd’hui aucune route potable n’est créée et que les autres ne sont pas entretenues. Au Cambodge, on estime à 1000 le nombre de morts causées chaque année par les mines placées par les Khmers Rouges et les Vietnamiens. Cette information est restée dans ma tête pendant le trajet. Je m’inquiétais surtout pour Raphaël et Robert (les deux frères Allemands que nous avions rencontrés à Koh Kong) qui dormaient en tente dans la jungle. A priori le risque est minime si on ne s’enfonce pas trop dans la forêt, mais quand même…

Pour toutes ces raisons, Veal Veng est ce qu’on pourrait typiquement appeler « le Cambodge préservé ». Un endroit un peu hors du temps, que personne ne visite jamais. C’est justement ce qui nous a donné envie de nous y rendre. Mais encore fallait-il réussir à l’atteindre !

Koh Kong à Battambang en moto : jour 1

Le première journée de trajet se passe bien. Dans un premier temps, on est seuls au monde. On grimpe une route faite de cailloux dans la jungle pendant de longs kilomètres, on croise une grosse centrale électrique chinoise, puis plus rien. Il faut dire que Google Map nous induit souvent en erreur, ne prenant jamais en compte la praticabilité des routes, et on se retrouve parfois sur des tronçons encore plus compliqués que la route principale.

Mais les paysages sont magnifiques. On croise des serpents, des oiseaux et il y a des centaines de papillons de toutes les couleurs qui nous suivent parfois pendant quelques mètres. Une liberté absolue !

Un pont du chemin entre Koh Kong et Battambang

Rivière Cambodgienne

En début d’après-midi, on retrouve peu à peu une forme de civilisation. On croise de temps en temps quelques groupements d’habitations et les gens nous saluent et nous sourient. On est l’attraction du moment ! Chose très amusante : les Cambodgiens ne sont pas à l’aise avec le bruit de la nature et de la forêt. Du coup ils mettent leur musique à fond sur de très grosses enceintes. C’est amusant d’entendre de la musique alors que l’on est au milieu de nul part.

Les enfants Cambodgiens nous saluent

Le chemin continue dans la forêt et nous tombons sur la guest-house eco-tourisme dans laquelle les deux Allemands ont passé la nuit précédente. Il s’agit d’un centre où les étrangers viennent donner un coup de main à la ferme en échange du logement. On en profite pour confier au gérant toutes les affaires d’hygiène que j’ai récolté dans les hôtels ces deux derniers mois, afin qu’il les distribue aux villageois du coin. Ça faisait un moment que mon nombre de brosses à dents et de mini-peignes grossissait. Il était temps que je les donne !

Après cela nous nous retrouvons encore dans la forêt. Le chemin est chaotique mais il est praticable. Heureusement, les trois derniers jours ont été assez chauds et secs.

On arrive donc sans trop d’encombres à Veal Veng, pas déçus d’étirer nos postérieurs après une longue journée de route !

Koh Kong à Battambang en moto : jour 2

Après un repas composé de grillades Cambodgiennes et une nuit passée dans une guesthouse familiale, nous reprenons notre route. Veal Veng était intéressante à voir, même si elle ne nous a pas transcendés. On sent que l’endroit est en plein changement et que des améliorations sont en train d’être faites. Les routes commencent à être bétonnées et donc de nouveaux bâtiments se créent. Il faut dire qu’à partir d’ici il existe un moyen de retomber sur la nationale pour rejoindre Battambang.

Mais nous voilà confronté à notre dilemme : d’un côté on peut attraper cette route (en faisant un gros détour) et être ainsi sûrs de parvenir sans trop de soucis à Battambang. En revanche, on sait que dans ce cas on va partager notre route avec les camions de transport sans voir de beaux paysages. D’un autre côté on peut choisir la route indiquée par Google. C’est un chemin de campagne emprunté par les locaux qui vont de villages en villages. La distance est sensée être moins longue, mais on n’a aucune idée de l’état de la route.

Comme on n’a pas traversé le monde pour visiter des nationales, on choisit la deuxième option en se disant qu’au pire on fera demi-tour. C’est donc parti pour 150 km dans la campagne Cambodgienne.

Des débuts encourageants

La matinée est géniale. On traverse des petits villages et les gens sont adorables avec nous. A un moment, on s’arrête devant une petite cabane que l’on comprend être… l’école locale. Oui, c’est vraiment reculé. Au moins les enfants peuvent quand même aller à l’école…

Ecole Cambodgienne reculée

Enfants Cambodgiens à l'école

Au bord de la route, un vieil homme nous fait signe qu’il ne va pas falloir avoir peur de se mouiller… On sourit et on continue, pour tomber effectivement sur une rivière qui nous coupe la route. Pas le choix, je défais les sacs, prends le mien sur la dos, la guitare à la main, et traverse à pied pendant que Max tente le coup avec la moto.

L’ambiance est chouette, les enfants qui se baignent dans la rivière sont morts de rire en nous voyant passer et les locaux foncent avec leurs scooters pour se mouiller le moins possible. Max arrive à traverser sans encombre, et on se dit qu’au moins ça a lavé la moto !

Traverser la rivière à moto

Lou traverse la rivière à pied

Les enfants Cambodgiens se baignent dans la rivière

Les ennuies commencent…

Mais ça, ce n’était que le début. Tout d’un coup, on ne croise plus de locaux sur la route. Sans que l’on sache comment on se retrouve seuls. Et pour cause : le terrain est couvert de boue ! On passe plusieurs zones glissantes, puis au bout d’un moment on dérape et on s’étale dans la boue. Heureusement on a eu plus de peur que de mal et à ce moment on se dit qu’on a surement passé le pire.

Mais le chemin empire encore. On alterne entre un terrain sec et rocailleux et des trous déformés couverts de boue. Max gère comme un chef, mais je passe mon temps à défaire/attacher nos sacs pour passer à pied. On avance de 5 kilomètres en une heure.

La route est noyée sous la boue

Max à moto sur les routes boueuses Cambodgiennes

La route est couverte de boue

A ce stade, on est couverts de boue. Je commence à m’inquiéter. Nous avançons très peu et la moto peut nous lâcher à tout moment. Il n’y a pas d’habitation à plusieurs kilomètres à la ronde et la moto s’enlise de plus en plus souvent. Le soleil tape très fort et Max a de moins en moins de force pour la soulever et la déloger. On la pousse autant qu’on peut, les deux pieds enfoncés dans la boue.

Il est alors impossible pour nous de faire marche-arrière. Les trous que l’on a passés ne pourraient être traversés dans l’autre sens. Et j’angoisse de plus en plus de glisser réellement et de noyer le moteur. On avance autant qu’on peut, 100 mètres par 100 mètres, sans savoir si le pire n’est pas encore devant nous.

L’arrivée

Finalement, sans comprendre pourquoi, la route change d’un coup et devient toute sèche. Elle n’est pas « bonne », il y a tellement de bosses et de trous que l’on avance au ralenti, mais au moins on ne risque plus de s’enliser et de devoir abandonner la moto. Trois heures de conduite plus tard, on arrive sur une route principale que l’on pourra suivre jusqu’à Battambang. On a l’air de deux survivants quand on débarque dans la ville, recouverts de boue, l’avant de la moto un peu défoncé, mais on l’a fait !

Notre moto après le trajet de Koh Kong à Battambang en moto

Le retro de la moto est couvert de boue

Nos pied après une journée de Koh Kong à Battambang à moto

Ce que j’en retiens

Cette aventure dans la jungle m’a bien remuée ! J’ai rêvé toute la nuit que je m’enlisais et que je glissais sans pouvoir rien y faire. Pourtant, c’était une expérience incroyable.

La liberté que l’on a ressenti là-bas, au milieu de nul part, les sourires des gens croisés, surpris de voir quiconque arriver jusqu’ici, et les images des villages isolés dans un pays marqué par des années d’atrocités… Tout ça, ça valait largement l’après-midi de galère qu’on a vécu. Le Cambodge pour moi ce ne sera jamais les temples d’Angkor, Phnom Penh ou Kampot. Mon Cambodge était là, dans cette région tellement reculée du pays qu’aucune route fréquentable n’y mène et qui se ferme au monde après quelques jours de pluie.

Mais malgré mon goût pour cette aventure, je ne trouve pas « génial » que rien ne soit bétonné dans la région. Ce sont les villages les plus pauvres que j’ai vu. J’espère que le gouvernement va agir pour améliorer leur situation et leur accès au reste du pays. Pour que les enfants que l’on a croisés ne soient plus obligés d’étudier dans une cabane en bois perdue dans la forêt…


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9 réflexions au sujet de « De Koh Kong à Battambang en moto : le Cambodge coupé du monde »

  1. Salut Maxylou, je suis actuellement à Battambang, je souhaitais prendre l’itinéraire que vous avez fait mais dans l’autre sens. Je compte partir demain (tout à la dernière minute, je sais…) j’espère que vous pourrez répondre à mon commentaire avant mon départ.
    A priori la partie la plus compliquée est entre Battambang et Veal Veng. Combien de kilomètres de galère ?
    Vous l’avez fait en Mars et à deux sur une moto, comme nous, est-ce vraiment la galère ou y a t il des passages de galère et d’autres plus tranquille ?
    Combien de temps faut il prévoir pour chacune des journées ?
    Si c’était à refaire le referiez vous ?
    Merci d’avance, et bon voyage !

    1. Salut !
      Alors désolée pour la réponse tardive, on n’a pas eu internet pendant un moment…
      Je ne sais pas du coup si vous l’avez fait et comment ça s’est passé mais ça m’intéresse ! Pour nous c’était vraiment la galère (genre à pied et à pousser la moto dans la boue) pendant deux-trois heures, mais si on veut l’éviter il faut prendre l’autoroute Battambang-Pouthisat (puis une route nationale jusqu’à Veal Veng). Cette route est bétonnée, donc facile d’accès. Mais nous on a choisi de prendre les chemins de campagne, et c’est une autre histoire… Ca a été pour vous du coup ?

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