La visite des « Killing Fields » de Phnom Penh, entre histoire et réflexion

Les Killing Fields de Phnom Penh

Capitale et ville majeure du Cambodge, Phnom Penh n’a pas beaucoup d’arguments pour attirer les touristes. Comme beaucoup de capitales en Asie du Sud-Est, les visiteurs s’y arrêtent surtout pour transiter entre deux destinations. On comprend pourquoi : saleté, bruit, sensation de confinement, peu d’activité à faire… Mais Phnom Penh a ça de différent que les voyageurs y viennent pour visiter les sites commémoratifs des victimes des Khmers Rouges. Premiers de cette liste, les célèbres « Killing Fields de Choeung Ek ».

Qu’est-ce que les « Killing Fields » ?

Situés à 15 kilomètres de Phnom Penh, le site de Choeung Ek est une ancienne zone militaire secrète contrôlée par les Khmer Rouges. Durant leur règne, ils déportaient ici des centaines de Cambodgiens par jour afin de les exécuter. Personne ne savait ce qu’il se passait derrière les murs. Les soldats utilisaient des produits pour cacher les odeurs de cadavres et faisaient résonner les hymnes communistes grâce à de grandes enceintes pour étouffer les cris d’agonie des victimes.

Après la défaite des Khmers Rouges, des villageois du coin sont venus dans la base pour récupérer tout ce qui pouvait leur servir : le bois, le matériel, etc. C’est comme ça qu’ils sont tombés nez-à-nez avec des centaines de cadavres, des fosses communes, des ossements et des sols rougis de sang.

Afin de rendre hommage aux victimes, le gouvernement Cambodgien a décidé de transformer le site en lieu commémoratif. Ils ont construit un hôtel central pour entreposer les crânes des victimes retrouvées. Les ossements continuent de faire surface au fil des années, mais le bâtiment est à présent complet. Il faut dire qu’à ce jour près de 9000 corps ont été retrouvés…

Mémorial des Killing Fields


Doit-on visiter les Killing Fields ?

A cause du réseau en étoile du Cambodge, nous devions passer par Phnom Penh à un moment ou à un autre. S’est alors posée la question : est-ce une bonne idée de visiter les Killing Fields de Choeung Ek ?

Ma crainte n’avait rien à voir avec la difficulté émotionnelle d’une telle visite. Je pars du principe que si ça secoue, c’est une bonne chose. Je trouve dangereux l’état d’esprit qui consiste à dire que les choses éprouvantes doivent être ignorées pour se sentir bien. Parfois, observer le monde et son histoire fait mal. Pour autant, ça me semble primordial.

Une activité touristique… ?

Non, ce qui me gênait c’était le fait que l’on pouvait faire cette visite comme on se rendrait à un musée local, un spa asiatique ou une croisière en bateau au bord du Mékong. Les Killing Fields sont une activité TOURISTIQUE de Phnom Penh. Avec ticket payant et magasin de souvenirs. Et le concept même me mettait mal à l’aise.

Sur le papier, j’avais un peu l’impression qu’il était facile (voire plaisant) de venir se confronter à ça. Ben oui, tout le monde va s’accorder à dire que ce qu’il s’est passé ici était atroce et inhumain. Et on va s’en remettre bien vite puisque de toutes façons la situation est réglée. On n’y peut rien, c’est du passé. Ça nous paraît dingue qu’aucun état n’ai agit en voyant un peuple se faire exterminer. Ça nous paraît dingue que l’ONU ai refusé de reconnaître le nouveau gouvernement Cambodgien, laissant officiellement Pol Pot au pouvoir. Oui, ça paraît incroyable. Mais si on transpose la situation, est-ce que nous n’ignorons pas de la même manière les pays actuellement en guerre ou sous dictature ? Mais bon, le Cambodge fait aujourd’hui plus rêver que la Syrie, alors on évite les comparaisons.

Il y avait une satisfaction un peu malsaine à l’idée d’aller se renseigner sur ces massacre qui se « finissent bien » sans que l’on ai rien à faire pour cela. C’est moins éprouvant que de s’intéresser au temps réel, pas vrai ?

… ou un rappel nécessaire ?

J’en étais là de mes réflexions quand j’ai fini par me dire que c’était hors de propos. Ça ne fait jamais de mal de revenir sur des morceaux atroces de l’histoire. Même si ça n’empêche pas les événements de se reproduire, même si ça ne marque pas tous les visiteurs, au moins le Cambodge parle de ce qu’il a vécu. Et ça, ça vaut le détour.


La visite des Killing Fields

Nous y sommes donc allés. Pour 6 dollars, nous entrons dans l’enceinte munis de nos audio-guides. Pendant une heure, un Cambodgien nous raconte les fonctions des différents lieux et ce qu’il s’y passait. Comme on s’y attendait, les témoignages et les explications sont parfois dures à entendre.

Il faut dire que les meurtres étaient particulièrement abjectes. Les soldats Khmer Rouges ne veulent pas dépenser des balles pour tuer leurs prisonniers, alors ils les tuent comme ils peuvent. Les bébés sont arrachés des bras de leur mère et sont projetés sur les arbres de façon à ce que leur crâne soit broyé sous le choc. Les femmes sont abattues nues dans des fosses communes. Bref, l’audio-guide ne nous épargne rien des détails sordides.

Nous finissons la visite par la stuppa centrale qui abrite les crânes des victimes retrouvées. Le discours de l’audio-guide se termine en listant les différents génocides qui ont eu lieu dans la monde il n’y a pas si longtemps et nous implore de ne jamais tolérer des événements pareils.

Les crânes des Killing Fields


Mes impressions

Au final, visiter les Killing Fields fut une expérience intéressante. C’est important qu’un lieu pareil existe aujourd’hui pour rappeler ce qu’il s’est passé. D’ailleurs on a vu beaucoup d’enfants Cambodgiens faire la visite avec leur école.

J’ai également été marquée par la sérénité du lieu. Nous nous trouvions sur les lieux même des histoires atroces qui nous étaient racontées et pourtant le parc était incroyablement apaisant. Certains disent que l’on sent la mort dans les lieux marqués d’histoire, mais le site me démontre le contraire. Mais bon, à l’échelle de l’existence de la terre, la mort est absolument partout…

La vue du parc des Killing Fields

Néanmoins; je regrette un peu le manque de contextualisation des faits. Ce n’est clairement pas un musée : il faut se renseigner sur les événements avant de venir. Sans ça, il est difficile de comprendre pourquoi on nous parle des Vietnamiens, pourquoi l’ONU n’a pas agit ou comment les Khmers Rouges ont pu prendre le pouvoir.

Je regrette aussi que l’audio-guide n’explique pas plus les procédés qui ont permit aux leaders des Khmers Rouges de manipuler ainsi leurs soldats pour leur faire faire des choses dont ils se pensaient incapables. Pour moi, c’est ça le vrai danger : personne ne s’imagine tuer ses voisins, pourtant dans un certain contexte et avec une certaine pression, on est capables de tout. Il aurait été pertinent d’expliquer le fonctionnement du système de Pol Pot, l’appel au racisme, le contrôle par la peur, le rôle paternel de l’état… Sinon, on ne peut pas se rendre compte qu’une situation pareille est en fait reproductible absolument partout…


Le reste de Phnom Penh

Pour le reste de notre séjour à Phnom Penh, nous n’avons pas fait grand chose. On a visité le night market (bof) et on a bu un coup au bord du Mékong. Le reste du temps on s’est surtout promenés, photographiant ça et là les beaux panoramas qu’on croisaient. Comme je le disais en intro, la ville est très sale et pas très engageante.

Le night market de Phnom Penh

La vue du Mekong

Après nos quelques jours dans la capitale, nous reprenons donc la moto pour remonter doucement le Mékong. Il nous reste une semaine pour atteindre la frontière Laotienne.

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