L’importance des pâtés de sable (ou comment nous sommes restés enfants un peu plus longtemps)

L'importance des pâtés de sable

On est un jour de Février, à l’autre bout du monde de notre bout du monde. Les vagues échouent sur le sable dans un calme de surface et les crabes transparents zigzaguent sur la plage. On admire la mer sous le soleil qui frappe, enduits de crème solaire indice 50. C’est bien le minimum vital pour survivre ici avec notre peau blanche de Parisiens qui ont un peu trop traînés dans les montagnes Himalayennes.

L’endroit est désert. A part les quelques restaurants que l’on a croisés cinq cent mètres plus loin (et que l’on ne distingue déjà plus), il n’y a personne autour de nous.

Il faut dire qu’on l’a cherchée, cette plage. Après pas loin de 6 mois de vadrouille sous des climats différents et pas toujours cléments, on s’est accordé une visite moins immersive, une pause dans notre découverte du monde et des autres cultures. Quelques jours sur une île Vietnamienne, sans autre objectif que de profiter du son des vagues et de l’odeur de la crème solaire. On sait que ce n’est pas ici que l’on trouvera les clefs qui nous permettront de comprendre un peu mieux notre planète, mais on a accepté les règles de l’endroit : on ne doit pas se poser de question, juste profiter de la vue et du climat. Point.

Malgré tout, notre envie d’aventure nous a mené sur cette plage-ci. Nous avons fuit les soit-disant « plus belles plages d’Asie du Sud-Est » et on a erré en moto pour trouver un endroit qui sera à nous pour quelques heures. On s’est un peu perdus, on a atterris dans une forêt, on s’est enlisés dans du sable, on a fait demi-tour, on a traversé une route faite de cailloux et de bosses, on a roulé 40 km, et puis on est arrivés.

On a marché jusqu’à ne plus distinguer personne et on a posé nos affaires. A être seuls, allongés ici, on peut même s’imaginer être les premiers humains à fouler ce sable. Peut-être que personne n’est jamais venu ici, peut-être qu’elle n’est même pas indiquée sur la carte du monde ! Il faut juste ignorer les quelques déchets qui jonchent le sol, effacer de son esprit les arguments contradictoires, et on y est. Facile.

Pourtant, passés les premiers instants à savourer l’eau et sa température idéale, on se tourne l’un vers l’autre. On se connait suffisamment pour savoir ce que chacun de nos regards veut dire. Et celui-là n’échappe pas à la règle. Max résume tout de même la situation en me demandant :

« Et maintenant ?… On fait quoi ?… »

Je n’ai pas de réponse à lui apporter. La plage, c’est pourtant une fin en soi, non ? Les adultes adorent la plage ! Ils aiment se poser sur une serviette, profiter du soleil en lisant un bon bouquin d’été (un polar avec un twist final qui clôturera le livre tout comme les vacances) et bronzer suffisamment pour garder la trace du maillot pendant quelques semaines.

Mais voilà, assis ici, à peine quelques minutes après être arrivés, on se demande quoi faire. La serviette est pleine de sable, on n’a pas de bouquin avec nous, et il ne nous sert à rien de bronzer puisque l’on a pas de collègues à rendre jalouses à notre retour. On regarde la mer, et on aime ça. Mais de là à cuire en plein soleil toute l’après-midi… On était pas mal dans notre chevauchée à moto, finalement.

Alors Max me regarde à nouveau et dit :

« Quand j’étais petit, je faisais des piscines dans le sable. »

« Des piscines ? C’est quoi ça ? »

« Je vais te montrer. »

Et il se met à creuser. Il déplace le sable à pleines mains et s’en sert pour faire un rempart contre les vagues qui arrivent parfois jusqu’à lui. Il creuse, encore et encore, jusqu’à ce que de l’eau arrive à la surface du trou. Je le regarde faire, fascinée et attendrie par l’effort.

Et la scène m’émeut

Parce qu’à le voir creuser comme ça, à nous voir nous ennuyer sur une serviette au bord d’une plage de rêve, je réalise que notre esprit d’enfant n’est pas encore perdu. On n’est pas assez grands et fatigués pour aimer se reposer sur une serviette à ne rien faire. Peut être même que ce jour n’arrive jamais, lutter de toutes nos forces pour le repousser tant que possible ! Cette constatation fait le plus grand bien.

Alors finalement, on restera plusieurs heures sur la plage. A faire des sauts, à se recouvrir de sable, à se pousser à l’eau ou à creuser des trous. Et quand on retournera à notre moto, je ne pourrais m’empêcher de sourire en voyant un groupe d’enfants Vietnamiens faire des pâtés de sable en riant.

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