Pourquoi aménager son van
En arrivant en Nouvelle-Zélande il y a sept mois, nous avons directement acheté notre van aménagé. Il était tout beau, tout prêt et on vit dedans depuis. Mais alors que nous organisions la venue de mon père prévue pour janvier, une question a germé dans nos têtes : comment voyager avec nous sans van ?
Nous avons envisagé les sites de location, mais comme il venait seul pendant un mois, la location d’un van représentait un budget conséquent (environ 2000 euros). C’est un ami proche et collègue au restaurant de Christchurch qui nous a apporté la solution : acheter et aménager un van pour sa venue. C’est ce qu’il faisait pour sa famille, et son témoignage nous a convaincus.
Après un mois de travaux, des dizaines de planches coupées et quelques bouteilles de bière, notre œuvre était finie. Voici notre retour d’expérience sur l’aménagement d’un van en Nouvelle-Zélande.
Choisir son véhicule
Le choix d’un véhicule s’avère déterminant. Pour l’achat d’un van non aménagé, on ne passe pas par les groupes Facebook de backpackers comme pour un van déjà équipé. Ce sont surtout les locaux qu’il faut contacter. Le meilleur moyen pour trouver des annonces reste Trademe.nz (l’équivalent du Bon coin ou de Craigslist en Océanie). Facebook Market est aussi très utilisé. Quoi qu’il en soit, il faut prendre son temps et tester correctement les vans avant l’achat, car c’est un moment important et stressant.
Les prix varient énormément selon l’ancienneté, le kilométrage, l’espace intérieur, le nombre de portes latérales, la marque, la saison et le lieu d’achat. À budget serré, il faut parfois faire des compromis. Penser à la revente dès le départ est aussi crucial : un van trop cher à l’origine peut être plus difficile à revendre au bout du voyage.
Dans notre cas, il a fallu trois semaines pour en trouver un. Un premier véhicule semblait attractif, mais le compteur avait été trafiqué : il affichait 230 000 km alors qu’il en avait 330 000. C’est une preuve qu’il faut vérifier ces éléments avant d’acheter, même si cela coûte quelques dollars.
Nous nous sommes alors tournés vers un second van. Il n’était pas un coup de cœur immédiat mais fonctionnel et dans nos prix. Après deux essais et les vérifications officielles des papiers, nous avons finalisé l’achat. L’opération s’est faite rapidement et les papiers officiels nous sont arrivés quelques jours plus tard.
Nous sommes ainsi propriétaires d’un Mitsubishi rallongé de 1996, avec environ 280 000 kilomètres au compteur. Ce type de kilométrage est courant pour les vans de voyageurs.
Le gros avantage de ce modèle : deux portes latérales à l’arrière, ce qui permettait d’envisager une cuisine intérieure et extérieure et de gagner en flexibilité face à la météo. Il était aussi plus long que les modèles classiques et légèrement surélevé. Intéressant, même si la conduite était moins confortable que notre premier van.
Le budget s’est établi à environ 5700 dollars (après négociation), plus 40 dollars pour la vérification en ligne et 40 dollars pour le contrôle mécanique avant achat. Ce n’est pas une somme astronomique, mais cela reste raisonnable. Le vendeur indiquait aussi gonfler les prix en été en raison de la demande accrue.
Ou travailler sur son van
Beaucoup de voyageurs pratiquent le WOOFING (logement chez l’habitant contre quelques heures de travail par jour) afin de disposer du temps et du matériel nécessaire pour aménager leur van.
Pour nous, qui avions déjà un travail et dormions dans notre premier van, aménager un véhicule était plus complexe sans logement fixe. Pendant les premières semaines, le van du père était garé devant la maison d’un ami à Christchurch, où nous travaillions en veillant à ne rien salir autour. Des plaintes sont arrivées, et nous avons fini par quitter nos jobs et déménager le van dans un free camp en bord de ville. Ces camps permettent de laisser le véhicule pendant 30 jours, et un autre free camp en face offrait une seconde possibilité similaire, nous permettant de rester jusqu’à deux mois. Nous avons alors garé nos deux vans et travaillé sur l’un tout en dormant dans l’autre, avec des toilettes et des points d’eau à proximité. Cela nous a donné un espace pour aménager sans frais de garage et sans déranger qui que ce soit, et même des rangers venaient admirer les avancées de temps à autre.
Quels outils ?
Comme beaucoup, nous étions en Nouvelle-Zélande en tant que voyageurs et n’avions pas beaucoup d’outils de bricolage. Nous avions hérité d’une mallette très basique : quelques vis, un mètre, un maillet et un tournevis. Ayant souhaité limiter les investissements, nous avons presque tout fait à la main. L’un d’entre nous a récupéré une petite scie à main sur un ancien poste, et nous avons acheté quelques essentiels chez un grand magasin local : pinceaux, équerre, colle, pince coupante et mèches.
Les premières semaines, nous avons dû emprunter une perceuse, mais nous en avons finalement acheté une pour 50 dollars afin de l’avoir sous la main. Sans outils spécialisés, tout était fait à la main, et une scie circulaire aurait gagné énormément de temps. Si vous hésitez, cela peut valoir l’investissement.
Quid du self-contained ?
Cette question mérite d’être abordée plus en détail dans un article dédié, mais voici l’essentiel: la majorité des campings gratuits en NZ est réservée aux vans ayant la norme « self-contained », qui garantit une autonomie minimale pour vivre dans le véhicule pendant trois jours. Investir dans cette norme peut faciliter l’accès à toutes les zones gratuites et augmenter le prix de revente. Les conditions d’obtention varient et influencent la construction du van. Dans notre cas, le van avait été acheté auprès d’un Néo-Zélandais qui avait déjà fait passer les normes self-contained avant la revente. L’aménagement était basique mais suffisait pour obtenir la certification rapidement et recommencer par la suite si nécessaire.
Les fenêtres et l’extérieur
Pour se protéger de la chaleur et gagner en intimité, nous avons teinté les fenêtres avec un film adhésif, acheté en promotion. Nous avons choisi 15 % sur toutes les fenêtres, sauf le coffre où 5 % permettent de voir correctement lors de la conduite. Le résultat n’est pas parfait mais satisfaisant, et nous avons aussi repeint les fenêtres de notre premier van à titre de suite.
Le véhicule affichait de nombreux stickers laissés par les anciens propriétaires. Une raclette empruntée à un ami nous a permis de les retirer sans rayer la peinture.
Le sol et les murs
Isoler… ou pas ?
La question de l’isolation se pose inévitablement lors de l’aménagement. On peut penser qu’une bonne isolation est indispensable pour garder la chaleur en hiver et le frais en été. Dans notre van, la perte de chaleur est telle que l’isolation du sol, du plafond et des murs reste en grande partie psychologique. Certains choisissent de condamner les fenêtres latérales pour limiter les surfaces vitrées et améliorer l’isolation, mais cela réduit la lumière naturelle, et nous avions deux portes latérales à utiliser.
Nous avons hésité sur l’isolation et avons finalement reçu gratuitement des cartons de laine de verre via le chantier sur lequel travaillait l’un des collaborateurs. Comme nous devions aussi poser un plafond et changer les panneaux, cela ne coûtait rien d’en mettre une couche. À savoir toutefois : une grande partie du travail d’isolation chez les backpackers peut être plus psychologique que réellement efficace. Pour en savoir plus, voici une vidéo anglaise de CheapRVliving.
Le toit et la cloison
Au-dessus de l’isolant, nous voulions un plafond au style « bois » lumineux et tendance. La solution économique consistait à utiliser des lattes de matelas, vendues à bas prix. Nous les avons vernis, puis vissées au toit en veillant à ne pas percer la structure du van.
Nous voulions séparer clairement l’espace « vie » de l’espace « conduite ». Pour cela, nous avons monté des tréteaux verticaux et posé des planches, laissant un espace pour voir correctement la vitre arrière lors de la conduite, conformément à des pratiques de sécurité routière.
L’électricité
Parallèlement à la construction, il a fallu installer l’électricité. Une seconde batterie, qui se recharge pendant la conduite et ne puise pas dans la batterie principale, était nécessaire pour alimenter les appareils et éviter les démarrages difficiles le matin. Cette installation comprend plusieurs composants, et cela représente une part non négligeable du budget d’aménagement, mais c’est essentiel pour les voyageurs. La seconde batterie et les branchements associés se trouvent derrière le siège passager pour préserver l’espace de vie. Des lumières sur le toit et des prises réparties dans différentes zones du van complètent l’installation; les branchements ont été réalisés avant la pose finale du plafond et de la cloison.
L’aménagement partie 1 : côté chambre
Avec le véhicule rallongé, nous avons décidé d’installer une cuisine intérieure et un lit à l’arrière. Dans la plupart des vans NZ, la cuisine se situe à l’arrière et s’accès depuis le coffre, mais cela oblige à sortir pour cuisiner et peut être inconfortable par mauvais temps. Nous avons donc opte pour une cuisine à l’avant et un lit à l’arrière.
Après mesures et simulations d’aménagement, nous avons choisi une banquette convertible en forme de U autour d’une table qui, déposée sur le pied, s’emboîte dans le centre pour former un lit double. La structure était ensuite recouverte de planches et de contreplaqué. Chaque espace de la banquette offre des rangements : des placards aux extrémités pour la bonbonne de gaz, des placards à vêtements au centre et un coffre accessible de l’extérieur à la partie inférieure du U.
Les rideaux et les matelas
Pour les rideaux, nous avons privilégié du tissu classique plutôt que des rideaux spéciaux coûteux, en restant cohérents avec les films teintés des fenêtres. Chaque rideau a été ourlé à la main, ce qui était assez long compte tenu du nombre de vitres. Une fois confectionnés, ils ont été installés sur une tringle choisie en mercerie locale.
Pour les matelas, nous avons acheté un matelas en mousse king size chez un grand magasin et découpé les sections selon nos mesures à l’aide d’un couteau. Le tout a été enveloppé dans du tissu pour former des housses sur le canapé, ce qui a nécessité des heures de couture supplémentaires.
L’aménagement partie 2 : côté cuisine
Une fois la chambre presque terminée, nous avons attaqué la cuisine. Plusieurs critères étaient à respecter : prévoir l’emplacement du gaz et le rendre accessible en toutes circonstances, et surtout installer un évier avec pompe pour l’accès à l’eau potable — essentiel pour une vie nomade et pour la certification du véhicule. Nous avons réutilisé l’évier et les bonbonnes d’eau fournis avec le véhicule et avons simplement ajusté le plan de travail.
Il fallait aussi prévoir suffisamment d’espace pour les ustensiles et les aliments, ce qui était délicat dans un espace restreint. Le van dispose de 5 portes, ce qui permet d’accéder à l’intérieur par la droite et d’utiliser cet espace pour placer des placards devant les réservoirs d’eau.
La cuisine a été conçue pour être utilisable aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur. Un plan de travail amovible peut s’ouvrir de l’extérieur durant l’été pour cuisiner dehors. Les mêmes lattes de bois utilisées pour le plafond et la cloison ont été employées ici; seules les portes de placards et le plan de travail principal utilisent du contreplaqué peint pour apporter une touche de couleur.
Résultat…
Après trois semaines de travail (et quelques week-ends), nous pouvons admirer le résultat final. Le van est équipé sobrement et fonctionnel, prêt pour les repas, les rangements et les promenades. La photo parle d’elle-même.
Temps d’en profiter !
Avant d’envisager la revente, nous avons profité du travail accompli avec un mois de voyage en compagnie de mon père à bord. Cela valait largement l’effort physique et mental fourni.
Pour tout ce qui concerne le voyage en van dans le pays, vous pouvez consulter l’article dédié à ce sujet. Cependant le voyage ne s’est pas déroulé comme prévu et, peu après le départ, le van a été détruit dans un accident — récit ci-dessous.
La revente
Vendre le véhicule nécessite une estimation du prix. Il n’est pas rare de surévaluer, compte tenu du temps et du cœur investis. L’option la plus pratique reste de s’informer sur des offres similaires en ligne et de s’ajuster en conséquence. Le van peut être vendu via Facebook Market et les groupes de backpackers en NZ. Un article ultérieur portera sur l’achat et la revente d’un van en NZ.
Point budget
Si ce van n’avait pas été destiné à la revente, nous aurions peut-être investi moins, mais savoir qu’il deviendrait la « maison » d’un proche nous a poussés à optimiser le confort et l’agrément du véhicule. Les chiffres ci-dessous indiquent les dépenses réelles, en dollars néo-zélandais, sauf indication contraire :
- Achat du véhicule : 5880
- Van : 5700
- Vérification en ligne : 40
- Check-up : 40
- Réparations diverses : 100
- Electricité : 706
- Batterie : 325
- Inverter : 150
- Relais de vérification de tension : 121
- Lampes (2) : 60
- Éléments divers : 50
- Sol et murs : 285
- Contreplaqué : 160
- Parquet autocollant : 125
- Toit et cloison : 180
- Bois : 180
- Fenêtres : 305
- Film teinté : 185
- Rideaux + attaches : 120
- Isolation : 0 (donné par une des boîtes d’un des collaborateurs)
- Meubles : 723
- Bois : 319
- Poignées : 35
- Charnières : 40
- Couvre-matelas : 85
- Matelas : 160
- Pied de table : 84
- Matériel divers : 328
- Perceuse : 50
- Vis, clous, scotch, pinceaux, sacs plastiques, cutter : 140
- Peinture et vernis : 138
- Equipement intérieur/déco : 272
- Literie : 20
- Equipement de cuisine : 45
- Gaz cooker : 143
- Bouteille de gaz + plein : 64
Budget total : 8679 dollars (environ 5120 euros).
Malgré l’histoire qui a suivi l’acquisition de ce second van, nous restons satisfaits d’avoir vécu cette expérience. C’était un projet enthousiasmant et nous sommes prêts à en relever un autre, peut-être en Europe si l’occasion se présente.
D’autres récits d’aménagement de van en Nouvelle-Zélande :
– « Road trip en Nouvelle-Zélande : l’aménagement du van » (Jeune et affamée)

