Pourquoi acheter une moto en Inde ?
Déjà, pas pour faire des économies ! Contrairement à l’Asie du Sud-est, voyager à moto en Inde coûte bien plus cher que de prendre des bus ou des trains locaux. L’essence n’est pas donnée, et on ne parle pas ici d’un investissement de 200 euros sur une vieille Honda Vietnamienne (voir les prix plus bas).
Non, ce n’est pas une raison financière, évidemment. Voyager à moto en Inde, c’est une expérience dingue.
Un peu comme partout, avoir son propre mode de transport permet vraiment de sortir des sentiers classiques et de découvrir l’arrière-pays. D’aller là où les trains ne s’arrêtent pas et où les touristes ne prennent donc pas le temps d’aller. Même si je n’ai pas voyagé longtemps avec (15 jours), mes meilleurs souvenirs indiens y sont liés. Les contacts avec la population sont très différents, et ils sont fiers de nous voir au guidon de leur bécane nationale.
En revanche, il est important de prendre en compte le temps dont on dispose sur place : nous avons fait l’erreur de l’acheter alors qu’il ne nous restait à peine plus d’un mois dans le pays (erreur numéro 1 !). En comptant les démarches administrative et le temps de la revente, ce n’était clairement pas suffisant pour être sereins, et c’est ce qui nous a gâché l’expérience. Je dirais donc que c’est à faire si on a au moins deux mois devant soi ou si les visa sont extensibles. Si ce n’est pas le cas, autant se tourner vers une location, quitte à ce qu’elle coûte plus cher.
De quels permis ai-je besoin ?
Techniquement, le permis moto est nécessaire pour conduire une moto en Inde. Dans la réalité, j’ai beaucoup entendu que le permis international voiture suffisait en cas de contrôle. D’ailleurs il nous a suffit pour faire les démarches pour devenir propriétaires du véhicule. L’Inde, ce joyeux bordel administratif !
Mais au delà du critère légal, c’est surtout une question d’expérience et d’aisance sur les routes. La conduite en Inde peut être très sportive : il faut être réactif, savoir réagir comme il faut avec la sérénité qu’il faut pour ne pas être un danger pour soi et pour les autres. Conduire avec la boule au ventre et sous le coup du stress peut devenir un supplice et être très risqué. J’ai adoré conduire sur les routes désertes ou les autoroutes moyennement fréquentées. Mais jamais de ma vie je ne me serais risquée ailleurs. Dès que je ressentais de la fatigue ou un peu d’angoisse, je m’arrêtais et je donnais le guidon à Max. Bon, moi c’est particulier puisque j’apprenais à conduire. Mais quand même !
Les assurances
En revanche, le plus gros soucis n’est pas au niveau des contrôles de police (qui se règlent avec des billets dans la poche, permis ou non). Le problèmes est qu’il est difficile d’être assurés en cas d’accident.
La moto est couverte par l’assurance locale prise par le propriétaire (voir paragraphe suivant). Mais pour nos petites personnes, c’est plus compliqué.
Déjà, sans permis, c’est impossible. Personne, nul part, n’est assuré en cas de conduite illégale, évidemment. On a donc fait une croix dessus.
En revanche, si vous avez un permis moto, c’est possible. Il faut pour cela faire une traduction internationale de votre permis, puis un équivalent en permis local, puis souscrire à une assurance voyage avec option « conduite de moto ». Sauf erreur de ma part, la majorité des assurances de voyage basiques ne couvrent pas lors de conduite de tous les types de véhicules. Il faut ajouter une option et payer des frais supplémentaires.
En tous cas, les démarches sont longues et compliquées.
Ne pas être assuré est un gros risque. Certains diront même que l’on est inconscients, ce qui n’est pas tout à fait faux. Bon, déjà on ne conduisait jamais vite (pas plus de 60 km/h). Mais évidemment, un accident est toujours possible et peut être très dangereux. C’est un risque que l’on a couru. Bizarrement, les voyageurs prennent ce risque en Asie du Sud-est (et surtout au Vietnam) mais beaucoup moins en Inde. Pourtant, la conduite y est moins dangereuse, je trouve !
En tous cas c’est pour cela que pour notre prochain voyage à moto en Inde, on prévoit cette fois d’être dans les règles. Permis moto, permis local, assurance, la totale ! La sérénité d’esprit c’est pas mal, quand même.
Acheter une Royal Enfield
Choisir le model
Une fois que l’on s’est décidé, il va nous falloir trouver l’engin. Et déjà là, ça peut être compliqué. Soit on l’achète neuve (mais il faut prévoir de nombreux mois à l’avance, avoir des contacts en Inde pour faire les démarches et être prêt à la payer très cher), soit on l’achète d’occasion à un particulier.
Ceci se fait très fréquemment en Inde : le nombre de motos dans les rues est impressionnant. Il y a beaucoup de turn-over, d’offres et de demandes. Les transactions se font en quelques jours.
Je conseillerais d’ailleurs de choisir un modèle classique en 350cc plutôt que les Bullet et les 500cc. D’une part parce que ces modèles se vendent et s’achètent moins, mais aussi parce que les pièces d’une classic 350 se trouvent vraiment partout, contrairement aux autres modèles.
Écumer les sites de vente à particulier
Une fois que l’on sait ce que l’on cherche, le mieux est d’aller sur OLX.in qui est l’équivalent du bon coin en Inde. Les mécanos peuvent nous mettre en contact avec des vendeurs, mais ils vont se prendre une jolie commission et essayer de nous faire payer plus que le prix réel de la moto. On a préféré passer directement par les particuliers.
A présent, il faut bien observer les prix et demander si possible à des locaux de nous aiguiller quant aux valeurs réelles des offres. En effet, les prix affichés vont être prévus AVANT négociation, et ne seront donc pas du tout fidèles à leurs valeurs.
Négocier
Ça a été notre erreur numéro 2 : nous avions payé la nôtre 105 000 roupies (pour un modèle en parfait état de 2015) alors qu’on n’aurait pas dû la prendre au dessus de 95 000… Ca fait déjà une grosse différence qui se sent à la revente (et dans notre budget !). Il faut compter autour de 100 000 roupies (1330 euros environ) pour une Royal Enfield Classic 350 d’occasion, sachant évidemment que le prix va dépendre de son âge, son kilométrage, de l’urgence de la vente chez le vendeur et de nos capacités de négociations !
Une fois que l’on a trouvé une offre et qu’on est tombés d’accord sur le prix, il reste à aller vérifier la moto, puis procéder au paiement et à la passation des papiers officiels.
Pour les vérifications, il faut évidemment tester la bête, s’assurer qu’elle n’a pas de défauts majeurs et que le vendeur ne cache rien… ce qui est très difficile à savoir. La nôtre perdait notamment un peu d’huile, et le vendeur nous a juste dit « ah… j’avais pas vu ! ». Ce n’était pas grand chose à réparer, mais les gros défauts peuvent aussi être cachés.
Payer
Pour le paiement, il se fait toujours en liquide. Les indiens que l’on a rencontré n’utilisaient jamais Paypal, à cause des frais de transaction. Si l’on ne veut pas voir l’offre nous passer sous le nez, il faut donc s’assurer de pouvoir retirer assez d’argent rapidement (le montant des retraits aux distributeurs étant souvent limité à 10 000 roupies).
Concernant les papiers officiels, il est capital de s’assurer que le vendeur fournit bien les formulaires 29 et 30 signés sur toutes les pages en deux exemplaires, ainsi que la RC du véhicule, équivalent de la carte grise chez nous. Il faut aussi penser à vérifier l’assurance de la moto ! Si elle est expirée, demander au vendeur de la renouveler. Ça ne lui prendra pas plus d’une heure.
S’équiper
Il reste maintenant à acheter des casques et éventuellement des portes-bagages/tendeurs (qui ne sont jamais d’office installés sur les motos indiennes) et filer sur les routes de ce beau pays ! … ou presque.
Se déclarer propriétaires
Même si l’on possède les papiers officiels de la moto, nous ne sommes pas reconnus légalement comme propriétaires. Pour mettre notre nouvel achat à notre nom, il faut se rendre dans un RTO (bureau gouvernemental) que l’on trouve dans toutes les grandes villes. Moyennant 150 à 500 roupies (suivant les états) ainsi que tous les documents de la transaction (Form 29, 30 et RC), une photocopie de notre passeport et une photocopie de notre permis (international), l’administration indienne pourra s’occuper de notre cas, et nous recevrons tous les documents sous deux à trois semaines. Félicitations, on peut rouler et klaxonner en toute légalité !
… enfin, presque.
Parce que c’est là qu’intervient notre erreur numéro 3. Les locaux à qui on a posé nos questions ont juste omis de nous préciser le dernier document nécessaire : une attestation de résidence. Et pas de n’importe où : de la ville même où on se trouve lors de l’achat. Mais on est des touristes nous, on n’a pas de preuve de résidence en Inde !
Heureusement, en Inde tout est possible. On contacte l’ancien propriétaire qui fait appel à un agent spécialisé dans ce genre de démarches. Il va juste falloir sortir un poil plus de billets (autour de 3000 roupies) et patienter le temps de la procédure. Trois semaines plus tard, nous voilà propriétaires d’une moto indienne ! … En théorie.
Prévoir du temps
Parce que dans notre cas, c’est sans compter sur l’erreur numéro 1 citée plus haut : le manque de temps. Nous n’avions pas trois semaines à accorder à de nouvelles démarches administratives puisque nos visa expiraient moins d’un mois plus tard et qu’il nous fallait absolument la revendre. Sous les coups de pression de l’ancien propriétaire, nous sommes retournés à Chennai, pour vendre la moto. Ce fut l’erreur numéro 4. En réalité, nous n’avons même pas eu besoin de lui et il ne nous a jamais recontactés… On aurait mieux fait de continuer notre périple et de s’en préoccuper plus tard !
… On laisse tomber, du coup ?
Mais que se passe-t-il si on ne met pas la moto à notre nom ? C’est la question que nous nous sommes beaucoup posée. Au final, si vous n’avez pas d’accident et que vous roulez avec un casque pour ne pas vous faire arrêter/éviter de mourir, rien. Vous perdrez peut être un peu d’argent à la revente, mais rien de bien méchant si vous avez les papiers en règle.
Si vous avez un accident, en revanche, vous ne pourrez pas faire marcher l’assurance du véhicule. Enfin, en tous cas, comme vous n’êtes pas reconnus comme propriétaires, vous ne toucherez rien.
Bref, les règles en Inde sont très complexes et vraiment pas claires. J’essaye au mieux de partager ce que j’ai compris de la situation, après des heures de recherches… Mais toute confirmation/ajout d’information sont les bienvenus !
Rouler en Inde
Maintenant que l’on a (enfin !) la moto, il s’agit de conduire avec. Voici les quelques règles de base qu’il faut toujours garder à l’esprit.
S’adapter aux règles locales
Les routes et la conduite en Inde peuvent paraître folles. Mais si on est un bon conducteur, c’est tout à fait faisable. Moi qui suis très angoissée sur les routes, même en France, j’ai été agréablement surprise une fois sur la moto. J’ai eu bien plus peur dans les bus indiens, notamment dans les montagnes du Kerala !
Finalement, être libre de son véhicule permet de rouler à son rythme et de garder ses distances avec les autres tant que possible. Règle numéro 1 : nous sommes les plus petits, donc les plus fragiles. A nous de laisser la priorité aux fous du volant en bus, rickshaw, camion, voitures, 4×4, et même aux vaches !
Ne pas conduire de nuit
Il ne faut JAMAIS (J.A.M.A.I.S) conduire la nuit. Même un peu, même pas loin, même pour « juste finir le trajet avant demain ». JAMAIS. Il n’y a quasiment aucun éclairage, les indiens ne connaissent pas les feux de croisières (éblouissement garanti) et les animaux en ont rien à foutre qu’il fasse nuit et que vous ne les voyiez pas. J’ai dit « jamais » ? JAMAIS.
Ne pas trop en faire
Les distances sont à prévoir en fonction du pays. En Inde, nous nous limitions à 250-300 kilomètres la journée, ce qui fait déjà environ 6 heures complètes de route pour une moyenne de 50 km/h. Les Royal Enfield ont beau être confortables, on est quand même claqués. Et la fatigue devient dangereuse.
Comme sur toute moto, il faut toujours porter un casque et des vêtements qui couvrent bien la peau. Le bitume n’est pas notre ami.
Ne pas craindre la panne
En cas de soucis mécanique (et il y en aura !), on trouve toujours une solution de dépannage. Il y a des mécano tous les 30 kilomètres dans tout le pays. Et si on est arrêtés au bord de la route, il y a toujours un ou plusieurs indiens qui s’arrêtent pour aider. Ils ont l’habitude des bécanes et savent régler la majorité des soucis classiques. Je me souviens de deux jeunes en scooters qui nous ont sauvé au bord d’une autoroute quasi-déserte? Ils ont bricolé sur les fils de notre moto pour raccorder la batterie qui avait mal été placée la veille par un garagiste. Avec le ciseau de ma trousse de secours (la seule utilité de ce truc là d’ailleurs !), ils ont bidouillé ça en deux minutes. Et on a pu repartir.
La fin du voyage approche… Comment vendre la moto ?
De retour sur les sites
Comme pour l’achat, le meilleur moyen reste OLX.in. Le seul bémol c’est qu’il faut un numéro de téléphone indien pour se créer un compte, mais ça se trouve facilement. Ensuite, il ne reste plus qu’à attendre et à négocier avec les potentiels intéressés. A savoir que les indiens négocieront avant même de venir voir la moto. On gagne tous du temps comme ça ! Nous, ça a été notre erreur numéro 5 : nous avons fait confiance à l’ancien propriétaire qui nous a assuré qu’il remettait l’annonce en ligne pour nous. En réalité, il est parti en vacances et nous avons perdu une bonne semaine sans avoir aucune offre.
Du coup, on a opté pour une solution alternative : Facebook et les pages pour expatriés. C’est comme ça que nous avons trouvé notre acheteur, un Indien basé en Allemagne, qui nous proposait de payer par Paypal (et heureusement, parce que se trimbaler avec 80 000 roupies en coupures sur nous alors que nous quittions l’Inde dans dix jours, c’était pas le top).
Prendre son temps
Le problème, ça a été notre erreur numéro 6 (ça commence à faire !) : nous étions pressés de partir de Chennai. L’acheteur l’a bien sentit et a négocié comme un chef. Il nous l’a achetée pour 1000 euros, soit 300 en dessous son prix réel. Nous le savions, mais nous avons décidé de « payer » pour notre temps en Inde et pouvoir visiter le Kerala. Prévoir du temps pour la revente est donc très important !
Les mécanos, une solution de secours
On peut également vendre son véhicule en demandant autour de soi. Dans les grandes villes, il y a toujours des dizaines de personnes qui cherchent à acheter des motos (locaux, touristes, les gérants des hôtels…). Reste à savoir à quel prix ! On peut aussi aller voir les mécaniciens pour qu’ils nous mettent en relation avec des personnes potentiellement intéressées. Nous l’avons fait sans aller jusqu’au bout. Ils nous ont demandé entre 1000 et 2000 INR de commission… faut pas abuser.
Enfin, il est à noter que revendre une moto dans un autre état que celui où on l’a acheté lui fera perdre un peu de sa valeur : en effet, le nouveau propriétaire devra débourser un peu plus pour faire les démarches administratives, et il nous fera compenser ce coût.
Malgré la complexité apparente des démarches, acheter et conduire une moto en Inde se fait plutôt facilement. Et le jeu en vaut la chandelle ! Je regrette vraiment de ne pas avoir pu la garder pour visiter le Kerala. Se promener dans les montagnes en moto doit être magique.
Si j’ai écrit ce long article explicatif, c’est parce que je veux garder une trace des informations que l’on a (péniblement) réussies à collecter. Mon nouveau rêve : revenir en Inde, acheter à nouveau une moto (en étant cette fois bien dans les règles) et visiter les magnifiques montagnes du nord ! Ça en jette ou pas ?
Sri Lanka, Inde, Népal, Myanmar, Vietnam et Cambodge… Retrouvez ici le bilan et les anecdotes de nos 6 premiers mois de voyage en Asie !
