Comment j’ai échoué à mon permis en Nouvelle-Zélande ?

Pourquoi passer son permis en Nouvelle-Zélande

Pourquoi ai-je choisi la Nouvelle-Zélande pour passer mon permis plutôt que d’attendre mon retour en France ? Le système y ressemble davantage à l’approche américaine: débuter par l’épreuve du code puis conduire en accompagnement. Résultat: pas besoin de payer des heures de conduite avec un moniteur, ce qui pèse lourd dans le budget en France. Le coût est aussi très compétitif: comptez entre 300 et 500 dollars pour le permis complet (environ 300 euros), contre environ 1200 euros en France. On peut en plus prendre son temps, car la conduite libre est autorisée.

Cependant, il faut prévoir du temps sur place: le permis se compose de trois épreuves (code, première épreuve de conduite et épreuve finale). Chaque étape doit être espacée par un temps minimum selon l’âge; un stage additionnel peut aussi réduire l’attente. J’avais besoin d’au moins 9 mois pour obtenir le permis complet. Et un permis partiel n’est pas internationalement reconnu: si on veut l’utiliser en France, il faut tout passer et réussir les trois épreuves.

Nous avions donc ajusté notre plan pour rester 10 mois en NZ afin de tenter notre chance. Et tout commence par le premier test: le code.

Entraînement

Étant donné le timing serré pour passer toutes les épreuves, il fallait se préparer au code avant d’arriver dans le pays. Heureusement, le gouvernement néo-zélandais a créé une application gratuite pour s’entraîner à l’épreuve. J’ai donc passé de nombreuses heures à me tester sur différents quiz dans les dortoirs. Certains quiz sont payants, mais tout peut se faire avec les applications gratuites qui suffisent largement.

Quelques règles diffèrent de la France ( et il faut aussi s’habituer à la conduite à gauche ), mais globalement l’examen est assez simple. La culture anglo-saxonne est très différente de la culture française en matière d’examens: on ne cherche pas à piéger, on s’appuie sur le bon sens et les règles fondamentales de conduite. Il faut toutefois se familiariser avec certains termes anglais (kerb, shoulder, bonnet and boot, etc.) pour bien comprendre les questions.

Examen… à la cool

Une fois sur le territoire, direction l’office AA le plus proche. Formulaire, test visuel rapide et 65 dollars plus tard, me voilà face à un ordinateur, dans un coin de la salle.

Ce n’est pas l’administration française: pas de rendez-vous pris des semaines à l’avance et pas d’attente en groupe devant un projo. Derrière moi, les clients défilent et j’ai trente minutes pour répondre à 30 questions. On autorise 3 fautes maximum et le résultat s’affiche aussitôt après chaque réponse.

Les quinze premières questions passent sans problème, puis quelques éléments me posent question. Je fais finalement deux fautes, et une troisième que j’interprète mal à cause de l’anglais. Mais ça passe: je retourne au guichet et l’employée me félicite; on me remet un petit papier qui atteste que je peux conduire tant que je suis accompagnée d’un conducteur ayant au moins deux ans d’expérience. Le vrai permis arrivera dans la boîte de mon auberge une semaine plus tard.

Six mois d’apprentissage

Me voilà donc avec un permis d’apprenti en poche. J’achète les deux stickers « L » à coller à l’arrière et à l’avant de mon van, et me voilà légalement prête à arpenter les routes néo-zélandaises.

C’est là que le vrai travail commence. Comme je l’ai déjà écrit, conduire a longtemps été une source d’angoisse. Mon compagnon s’est donc improvisé professeur et un peu thérapeute pour m’aider à progresser. Entre les crises de panique et les frayeurs sur la route (aux camions pressés qui grillent les feux et doublent par la gauche…), cela n’a pas été simple. Mais au bout de cinq mois, j’arrivais à me débrouiller en ville, à Christchurch. Nous avons ensuite entrepris un road trip sur l’île du Sud et j’ai continué à apprendre sur les routes de montagne et les autoroutes.

À un mois de passer ma première épreuve de conduite (pour obtenir la « restricted licence »), j’ai décidé de réserver une heure de cours avec un professeur d’auto-école pour faire le point et me préparer.

Heure de conduite avec un prof

Sur le site de AA, nous avons réservé une heure de conduite. Je pensais m’entraîner avec une voiture pour tester les différences avec le van, mais en Nouvelle‑Zélande, le permis se passe avec son propre véhicule. Autrement dit, mon van. Le professeur m’a expliqué le déroulement de l’épreuve et j’ai tout de même conduit une heure dans sa voiture.

Cette heure était utile: ses explications et astuces m’ont aidée à gagner en confiance, même dans mon van. Pour 75 dollars, j’ai pris confiance et reçu des conseils professionnels. Le professeur m’a d’ailleurs confirmé que je connaissais déjà les points clés et qu’il ne me restait qu’à m’entraîner jusqu’à la prochaine épreuve: la restricted licence.

Seconde épreuve : la restricted

C’est là que les choses se gâtent.

Selon mon compagnon, mes chances de réussite tournaient autour de 90%. Il n’a jamais passé le permis ici, mais l’estimation donnait une certaine confiance (tout en restant nerveux). Il m’a fallu un regard critique de mon instructrice pour comprendre le niveau attendu: une kiwienne austère et extrêmement dry, débit soutenu et accent prononcé. Elle parlait sans articuler clairement et, lorsque je demandais une répétition, elle s’énervait et réitérait son propos.

Elle comprend alors que l’on va conduire un van et se plaint de ne pas avoir assez d’espace (il y a pourtant deux sièges passagers à l’avant du van, mais bon…). Bref, ça ne rassure pas et je sens tout de suite qu’elle ne va pas faire de cadeau.

Déroulé de l’épreuve

La restricted se compose de trois étapes, pour une durée totale d’une heure. Les dix premières minutes servent à vérifier la légalité et la fiabilité du véhicule (VOT, Rego, clignotants et klaxon). Puis commence la conduite réelle.

Les dix minutes suivantes testent les aptitudes de base du candidat. C’est à ce moment qu’on demande au candidat de réaliser un « reverse parallel park » (créneau). Pour réussir, il faut se garer derrière une voiture en moins de deux minutes, être à trente centimètres ou moins du trottoir et ne jamais toucher le véhicule. Les rues néo-zélandaises étant légèrement courbées près des trottoirs, la manœuvre est plus simple: il suffit de laisser glisser le véhicule en orientant le volant. Si le créneau est réussi, on reprend la conduite pour les 40 minutes restantes en ville selon les instructions de l’examinateur.

L’obtention du permis dépend d’un système d’erreurs à ne pas commettre: trois erreurs mineures (changer de voie sans raison, vitesse inadaptée, regard mal géré…) ou une faute grave (calage, toucher un trottoir, refuser une priorité) entraînent l’élimination. Sinon, le candidat obtient le sésame.

Premier essai

Vous l’aurez deviné: ce n’était pas une réussite. Après l’inspection du véhicule, nous partons en ville. L’instructrice me fait faire un créneau dès la sortie du centre et je le réussis du premier coup; on repart. Je me concentre pour comprendre les consignes, qui ne sont pas toujours claires…

Travaux et vitesse: sur l’autoroute, la vitesse maximale est de 100 km/h (le plafond en NZ). Des travaux apparaissent sur le bas-côté et, comme les autoroutes néo-zélandaises sont des routes à double sens avec une seule voie par sens, il n’y a pas nécessairement de signalisation de réduction de vitesse. Me vient alors l’impression que, si en France un panneau travaux implique une réduction, ici ce n’est pas toujours le cas. Je décide donc de rouler prudemment et, après environ une minute, mon instructrice m’interpelle: « tu as vu le camion derrière toi ? ». Réplique: « oui, il y a une zone de travaux ». Elle répond: « et alors ? Si on te le demande pas, tu ne ralentis pas. Les camionneurs sont pressés, je te le signale ». Première faute enregistrée.

De retour au centre, l’instructrice note que mes rétroviseurs sont corrects et qu’il n’y a pas de faute majeure, mais j’ai déjà cumulé trois fautes: une pour la vitesse et deux pour une même erreur près d’un passage de voie de train. Dans le code, ces passages ont des lumières et des avertissements sonores, mais celui que j’ai emprunté était juste derrière un feu et je n’ai pas vérifié comme il fallait. On m’informe que c’est deux fois la même erreur, et je suis éliminée.

Deuxième essai

Après cet échec, la déception est grande, mais mon compagnon me pousse à retenter. Il parcourt tous les centres de conduite de l’île pour trouver une date rapidement. Trois jours plus tard, je tente à nouveau l’épreuve. Une nouvelle journée libre et nous traversons une grande partie de l’île pour rejoindre la ville concernée.

Cette fois, l’instructrice est bien plus aimable et prend le temps d’expliquer le déroulé. Après vérification du véhicule, nous partons en ville. Cette seconde tentative est encore plus décevante: à une intersection, on me demande de tourner à droite alors que la voie à ma gauche est libre mais qu’un véhicule arrive pour s’insérer. Je pensais le laisser passer et démarrer ensuite, mais au dernier moment, ce véhicule change de voie et coupe l’intersection, risquant une collision. Je freine brutalement. L’instructrice crie STOP, et c’est ce que je faisais déjà, mais dans le doute elle intervient (ce qui est compréhensible).

Selon la règle, l’intervention de l’instructeur équivaut à un échec automatique. Me voilà de retour après moins de dix minutes de conduite. L’instructrice s’excuse et me dit de revenir dans la semaine pour retenter. Mais j’en ai assez.

Déception et abandon

Ce deuxième échec a eu raison de moi. J’avais traversé l’île, fait perdre une journée de travail à mon compagnon et dépensé l’équivalent d’une journée d’élagage pour repartir bredouille après 10 minutes de conduite.

Au-delà de la déception, je n’ai pas cessé d’envisager l’épreuve; on envisageait même de quitter la Nouvelle-Zélande plus tôt que prévu. Impossible de passer la dernière épreuve avant au moins trois mois après la date de la seconde. Chaque échec repoussait notre départ. Si mon compagnon était prêt à attendre, juste pour me voir aller jusqu’au bout, je ne voulais pas bloquer notre voyage.

Finalement, partir en février plutôt qu’en avril nous semblait plus judicieux: cela nous permettait de vendre nos deux vans dans une meilleure saison. Mais c’est une autre histoire.

Le permis NZ, en bref

Malgré l’échec, passer son permis en Nouvelle-Zélande reste une excellente idée: c’est économique, administativement facile et bien plus souple qu’en France. Quelques conditions à connaître :

  • Être accompagné d’un titulaire du permis de plus de deux ans (si c’est un étranger, il faut faire convertir son permis local en permis kiwi; c’est rapide et pratique).
  • Avoir prévu sur place plus de 9 mois si vous avez plus de 25 ans, ou 1 an et demi sinon. Prévoir une marge d’échec !
  • Avoir un véhicule de catégorie A (équivalent à notre catégorie B): voiture, break, van…

J’espère que cet article sera utile à de futurs conducteurs kiwis. Il existe des informations en ligne, mais peu de témoignages en français. Ce récit peut donc aider.

En fin de compte, j’essaie de prendre du recul sur cette expérience: j’ai moins peur au volant et la conduite me semble moins mystérieuse (ce qui n’élimine pas le côté vaudou de certaines situations, mais je sais mieux ce que fait le conducteur). Ce n’était pas inutile. Bien sûr, j’ai rêvé que le permis soit une histoire ancienne, mais c’est ainsi… Peut-être que je le tenterai en candidat libre.

A lire sur le permis en Nouvelle-Zélande :

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut