Trois jours de trek jusqu’au lac Inle, à la rencontre des ethnies birmanes locales

Après avoir laissés mes frères à l’aéroport de Yangon (snif…), Max et moi sautons dans un bus de nuit qui nous emmène à Kalaw.

Kalaw (prononcer « Kalo ») est un petit village du centre de la Birmanie qui accueille beaucoup de touristes, notamment parce qu’il est le point de départ de nombreux treks dans la région. Nous n’échappons d’ailleurs pas à la règle, puisque c’est justement ce qui nous amène ici.

Kalaw est à quelques heures de transport du lac Inle, une réserve naturelle entourée de villages flottants et qui abrite de magnifiques paysages. Mais plutôt que de rejoindre le lac en bus, nous optons pour la marche à pied : l’occasion de se plonger, le temps de quelques jours, dans la culture paysanne birmane.

De nombreuses agences de trek ont fleuries à Kalaw et se proposent de faire visiter le coin aux touristes : il y a des treks à la journée, ou sur deux ou trois jours. Les prix sont vraiment abordables puisque les agences demandent (pour un groupe de 4 personnes ou plus) 15 000 Kyats par jour et par personne, soit environ 9 euros. Tout est inclut (logement, nourriture, acheminement de nos sacs), sauf les boissons qui sont en extra.

Nous faisons appel à l’agence la plus connue du coin, celle de Oncle Sam, car c’est celle qui peut nous assurer d’avoir suffisamment de monde pour partir le lendemain. En fait, à cause des affrontements ayant lieu dans le nord du pays, les touristes ont été deux fois moins nombreux à venir en Birmanie cette année (au grand dam de certaines familles du coin qui ne vivent que grâce à ça). Pourtant il n’a aucun danger dans tout le reste du pays et notamment dans les zones touristiques, mais dans la peur et la mes-information, les gens s’abstiennent…

Du coup, nous décidons de partir dès le lendemain et optons pour un trek avec un guide partagé. Nous serons donc 4 : Max et moi, ainsi que Marion et Arnaud, deux frère-et-sœurs français de notre âge.


Premier jour

Levé à 7h. Un pick-up vient nous chercher pour nous amener à l’agence et nous regrouper. Je quitte Kalaw à regret car avec le peu de sommeil que j’ai eu dans le bus pour arriver, j’ai passé mon seul jour sur place à dormir et je n’ai rien vu du village. Je pensais y revenir mais nos plans ont changés et je doute que ça se fasse. Un petit regret, car le peu que j’en ai vu à 4h du mat’ avait l’air magnifique.

Nous rencontrons notre guide, Nandar, une jeune femme de 21 ans très impressionnante. Elle est de la région, a 6 sœurs et est la seule de son village a être allée à l’université. Normalement, les femmes birmanes se marient avant 20 ans, mais pour l’instant elle repousse l’échéance. Elle sait que pour son avenir ce serait mieux, parce que si elle ne se marie pas elle ne pourra pas avoir d’enfant et personne ne pourra s’occuper d’elle quand elle sera âgée. Mais elle n’a aucune envie de se marier, d’autant que les hommes du coin sont réputés pour être alcooliques.

Tout au long de ces trois jours de trek, Nandar prendra soin de nous : c’est elle qui choisit les familles chez qui on dort, qui nous achète puis nous prépare à manger et qui définit notre itinéraire en fonction de nos envies et de nos capacités. Elle nous explique que la vie de guide rapporte actuellement à peine plus que la vie à la ferme, mais elle veut rester en contact avec les touristes car elle améliore toujours son anglais et sa connaissance des autres cultures. D’ailleurs, son anglais est très bon, le meilleur que l’on a eu l’occasion d’entendre depuis notre arrivée en Birmanie ! Ça nous permet de lui poser pleins de questions, auxquelles on n’a parfois pas trouvé de réponses auparavant.

Comme elle est du coin, elle a de très bonnes connaissances sur les ethnies (les « tribus » comme ils s’appellent entre eux) de la région. Elle parle quelques-unes des langues locales, et on voit bien que les birmans rencontrés sur la route sont très heureux de la voir. De ce qu’elle nous a expliqué, il y a un vrai clivage entre paysans/citadins, et les locaux ont du mal à accepter les guides birmans qui viennent de la ville (comme c’est habituellement le cas). En plus, les paysans ne parlent que rarement le Birman, ayant tous leurs dialectes propres. Nandar nous sert alors de traductrice.

Pour ce premier jour, nous traversons des forêts, un lac, des plantations de thé et des rizières. La végétation est abondante, et Nandar nous explique que les familles qui vivent ici cultivent différents produits tout au long de l’année.

On marche au total 24 km, faisant une pause à midi pour manger chez une famille d’origine indienne qui nous prépare de délicieux chapatis. Ça nous avait manqué ! On discute pas mal sur le chemin : Marion est allée en Inde et son frère a fait un trek au Népal, les sujets ne manquent donc pas !

Notre guide décide de nous faire prendre les chemins les plus longs (et les plus beaux), parce que nous marchons très vite et que nous ne fatiguons pas. Apparemment, c’est une habitude de français ! Pourtant, le chemin est loin d’être difficile, il y a peu de montées et surtout du plat.

Elle nous parle des différentes ethnies que nous rencontrons, ainsi que de leurs problèmes : certaines refusent tellement de se mélanger aux autres que leurs enfants naissent de plus en plus souvent albinos, à cause du taux de consanguinité. D’autres sont en nombre si restreins que plus personne ne sait écrire leur langue, et même l’oral est en voie de disparition, remplacé par le birman.

On croise des buffles pendant leur bain et massage quotidien, une scène bien marrante ! Il faut dire que les bêtes travaillent sans relâche pendant la saison des pluies, alors pendant les quelques mois qu’il reste, elles ont droit à un peu de repos.

Nandar nous explique aussi à quel point les vaches et les buffles sont importants pour les birmans. Ils font même office de banque : pour investir son argent, les locaux achètent des animaux (en fonction de leurs moyens : Nandar par exemple n’achète que des cochons) et attendent qu’ils prennent du poids pour les revendre plus tard. Mais ça peut aussi être risqué, comme un des amis de Nandar dont le seul buffle s’est noyé pendant la mousson. 1000 dollars jetés à la poubelle, les économies d’une vie !

On arrive vers 16h dans le village où l’on va passer la nuit. On a juste le temps de tenter la douche locale : des seaux d’eau glacée que l’on doit utiliser pour s’arroser au bord du chemin. Il y a bien un drap posé là pour nous cacher un peu, mais les locaux s’arrêtent sans gêne pour nous regarder nus. Super intimité !

Les autres groupes de trekkeurs finissent par nous rejoindre accompagnés de leurs guides. Il y a une grande majorité de français (6-7 sur une dizaine de personnes au total). On se retrouve tous à l’intersection des quelques maisons qui composent le village pour regarder les locaux jouer à leur sport national, un espèce de volley-ball qui nécessite une extrême souplesse. Quelques mecs tentent le coup, mais ils sont vite éliminés !

La nuit tombe et le froid arrive avec. Moi qui pensait en avoir fini avec ma doudoune ! On se colle au bord du feu et on discute avec la famille chez qui on loge, un peu en langage des signes et un peu par mots-clés. Puis c’est l’heure du repas et on s’assoie pour savourer les délicieux plats préparés par Nandar : currys de poulet, légumes et fruits frais achetés le matin même au marché des cinq jours (appelé comme ça car il tourne sur cinq jours dans cinq villages différents). Une tuerie !

On discute un peu et on file vite se coucher, alors qu’il n’est que 20h ! La vie dans la campagne, c’est pas le même rythme ! Mais avec la fatigue on s’endort facilement, même s’il est tôt et que nous dormons à même le sol craquant en bambous.


Deuxième jour

Nandar nous réveille avec un délicieux petit déj. On s’habille et on commence notre seconde journée de trek.

On marche de nouveau 24 km en passant par des paysages très variés et différents de la veille : des champs de piments (que les locaux font sécher à même le sol pour en faire de la poudre et la revendre sur les marchés), de moutarde, des rizières, des rivières…

On s’arrête pour boire un thé dans une maison et on observe la fabrication à la main des tenues traditionnelles ethniques.

La journée de trek se termine dans un autre village, plus étendu que celui de la veille. Nandar nous explique que c’est actuellement la saison pour couper le bambou et faire des constructions avec, alors les maisons en chantier poussent un peu partout. Le village ne peut quasiment rien cultiver, à cause de la forte teneur en fer de la terre. La venue des touristes est une aubaine pour les familles, et la baisse de l’activité touristique est compliquée pour eux. Nandar a d’ailleurs instauré un roulement, pour faire bénéficier de sa venue de façon équitable les différentes familles de la région.

La maison dans laquelle on loge ce soir est plus confortable que la veille : les murs sont en bétons et non en bambou, ce qui garantie une bien meilleure isolation la nuit quand le froid arrive. Si la douche se fait toujours au seau, nous avons quand même un vrai mur de parpaing pour nous isoler un peu du reste du village, et c’est bien appréciable !

Puis vient l’heure du repas. Cette fois, on le passe avec le père de famille. C’est un homme adorable qui sourit tout le temps. Le travail a fait vieillir son visage : il n’a que 49 ans mais il est parait 60. Il connait quelques mots en français et en anglais, mais c’est Nandar qui traduit ce qu’on se dit.

On passe un long moment à échanger sur nos cultures, sur nos vies. On rit beaucoup et on savoure le délicieux curry de cacahuète de Nandar. On n’est pas prêt de l’oublier celui-là ! Nandar et notre hôte sont fiers et amusés parce que Max mange avec ses mains, comme les locaux. Depuis l’Inde, il le fait dès qu’il peut. On fait aussi un concours des plats les plus étranges que l’on a dans nos pays (je crois qu’avec le fromage bleu, les grenouilles et le steak tartare, on les a tués !). On compare nos cheveux, nos ages, nos familles…

Notre hôte nous explique qu’au Myanmar il est essentiel de sourire, sinon on fait peur aux habitants. Il faut dire qu’avec ses blagues et la bière que je bois en même temps que je mange, je n’ai aucun mal à le faire !

Malgré le super moment que nous passons, il est temps d’aller se coucher. En s’allonge tous les quatre sur nos paillasses et on s’endort quasi immédiatement.


Troisième jour

Au matin de ce dernier jour, Nandar nous propose de nous mettre du thanaka, le maquillage birman que l’on voit partout depuis notre arrivée. Il sert à protéger du soleil, mais c’est aussi et surtout un accessoire de mode pour fille comme pour garçon. D’ailleurs, certaines écoles le rendent obligatoire pour les enfants. Par contre, les formes peuvent être très variées : des lignes, des ronds, des dessins… C’est comme on le veut.

Le thanaka s’obtient grâce à une écorce d’arbre que l’on frotte avec un peu d’eau contre une pierre. On l’étale ensuite sur le visage et on fait des formes avec une petite brosse.

Une fois prêts et maquillés, nous disons au revoir à notre hôte (après quelques photos souvenirs) et nous commençons notre dernier tronçon de marche : il nous reste seulement 15 kilomètres à parcourir afin de rejoindre le début du lac. Nous traversons surtout des forêts et des plantations d’agave, en croisant également quelques arbres sacrés, qui n’ont le droit d’être coupés que par des moines.

On passe aussi devant une école primaire locale, et on reste un moment à regarder le chant national et le début des cours.

Après trois jours de marche, de découvertes et d’échanges, nous arrivons finalement au bord du lac Inle vers midi. On mange un dernier repas sur une magnifique table en bambou et goûtons à la fameuse salade de thé birmane : des feuilles de thé, des cacahuètes et pleins de petits légumes avec de l’huile. On n’a pas tous aimé (parce que c’est un peu amer) mais moi j’ai adoré !

Nandar nous laisse devant notre embarcation et on lui dit au revoir en la remerciant milles fois. On lui laisse un gros pourboire, en espérant que ça puisse l’aider un peu, elle et sa famille. Car pour 3 jours de trek avec nous quatre, elle ne touche au final que 40 000 Kyats (environ 24 euros). Il lui faut attendre au moins 4 jours avant de repartir, pendant lesquels elle doit en plus payer un loyer à Kalaw. Sa passion et son attention mérite beaucoup plus à notre goût !

Ce trek a été un des moments les plus marquants depuis le début de notre voyage. On a beaucoup rit, on a vu des choses magnifiques, mais surtout on a pu échanger et apprendre énormément sur la culture birmane (ou du moins, une partie de la culture birmane). J’ai même beaucoup appris sur les autres pays et sur l’image que les français renvoient à l’étranger ! C’était super instructif, et même très émouvant. Bien sûr, nous avons eu la chance d’y être pendant la bonne saison sans être pour autant inondé par des flots de trekkeurs. J’ai lu d’autres retours en ligne moins encenseur.

Contrairement au trek au Népal, pour lequel nous ne regrettons pas du tout d’y être allé sans guide et sans porteur, ici faire appel à une agence me semble vraiment essentiel. Nous avons croisé pas mal de marcheurs qui le faisaient en solo, on sait que c’est réalisable. Mais d’abord, ce n’est même pas rentable. On a comparé avec d’autres voyageurs et au final ils payaient autant que nous. Et puis les familles locales ont vite peur quand elles voient des touristes débarquer sans guide et demander le logement, d’autant qu’elles ne parlent pas anglais. Et puis surtout on passe à côté d’énormément de choses si l’on n’a pas un guide pour nous faire découvrir la région et ses habitants !

Un must-do du Myanmar et un gros coup de cœur !


Sri Lanka, Inde, Népal, Myanmar, Vietnam et Cambodge… Retrouvez ici le bilan et les anecdotes de nos 6 premiers mois de voyage en Asie !

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