Journal de bord du Tour des Annapurna – 13 jours de trek dans l’Himalaya

Tour des Annapurna

Après avoir décrit un peu notre expérience de trek dans le circuit des Annapurna, place maintenant au plus dingue : les photos et le détail de notre ascension ! Evidemment, je n’avais pas d’ordi sur place. Mais j’avais emmené un cahier, un stylo et une carte de la région et je notais chaque jour où on était, le trajet parcouru et notre ressenti ou les difficultés rencontrées. Du coup, je peux retranscrire ici mes textes tels quels, en les illustrant des photos prises par Max. Et franchement, ça rend encore moins bien que la réalité !
Cliquer sur chaque jour pour dérouler le détail, le texte et les photos :

Jour 1

Début du trek

Départ : Besi Shahar (800m)
Arrivée : Nadi Bazar (930m)
Temps de marche : 3h30

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C’est mon anniversaire ! Et pour fêter ça, Max me réveille à 5h du mat. C’est aujourd’hui que commence notre trek ! Je suis pas mal stressée. Nous devions déjà partir hier, mais il y avait une grève au Népal : impossible d’avoir un bus. On a donc attendu une journée, et j’ai eu la merveilleuse idée de regarder un peu les retours d’expérience en ligne. Ça m’a vraiment fait flipper. Du coup, je me réveille rapidement et empacte mon duvet.

On prend le bus pour cinq longues heures de route qui nous emmène à Besi Shahar. Les treks commencent ici, mais beaucoup de gens prennent des jeeps qui les amènent plus loin. On hésite, mais après le bus je préfère marcher un peu. Alors c’est parti !

On rencontre un groupe improvisé : une néerlandaise, un espagnol (qui nous a vite semé), un allemand et un népalo-américain. On commence à marcher tous ensemble.Le début est rude. Il fait chaud d’un coup, le soleil tape, mais surtout on enchaîne les marches et les descentes, ce qui m’épuise complètement. En une heure, j’ai l’impression d’avoir marché pendant quatre heures. Je commence à flipper, à me dire que ça va être impossible pour moi. Au final, la route se calme lorsque l’on retombe sur du béton. On parle beaucoup entre nous, ce qui permet d’occuper le temps. On rencontre d’ailleurs un irlandais, Gary, qui marche avec son guide népalais, Chris.

On veut s’arrêter à Bhulbhule, mais quand on arrive on voit un panneau qui nous indique la ville un kilomètre plus loin (il s’agissait en fait de l’altitude). Du coup, on a quand même continué et nous nous sommes finalement arrêtés à Nadi Bazar. On a passé la soirée tous ensemble en faisant une pause au bord de la rivière, puis on est allés se coucher, bien crevés.

Jour 2

Les choses sérieuses commencent…

Départ : Nadi Bazar (930m)
Arrivée : Jagat (1300m)
Temps de marche : 7h

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Aujourd’hui était le premier vrai et complet jour de trek. Et comme je m’y attendais, c’était épuisant. Heureusement, les montagnes cachent le chemin et on ne voit pas ce qui nous attend. Sinon je crois que je me contenterais de m’asseoir et de me plaindre. Mais pas à pas, on arrive à avancer.

On a marché avec le groupe d’hier. C’est à la fois gênant (on ne peut pas s’arrêter quand on veut) et motivant, parce qu’on ne veut pas être à la traîne.

Je me demande toutes les minutes comment je vais arriver tout en haut, à plus de 5400 mètres. Le plus frustrant dans cette journée fut le dénivelé : on a passé notre temps à monter puis descendre de longues marches pour remonter par la suite (1400m, puis 1100, puis 1300…).

A midi nous nous sommes arrêtés dans un village pour manger un peu notre stock de céréales au beurre de cacahuètes, puis on a repris la marche. On a vu Jagat, le village, bien avant d’y être. C’était motivant, au moins. On s’est installé dans un lodge avec le groupe et on a pris une bonne douche chaude. Il y a de plus en plus de personnes avec nous, mais je ne sais pas si je ne vais pas vouloir marcher à deux pendant un moment. Il faut qu’on ralentisse et qu’on prenne notre temps.

Jour 3

On part en solo

Départ : Jagat (1300m)
Arrivée : Bagarchhap (2160m)
Temps de marche : 6h30

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Nous nous sommes levés après tout le monde ce matin. On savait qu’avec le temps nécessaire pour bouger un groupe, on serait quand même dans les temps pour les suivre. Au final, on est même partis avant tout le monde.

Je me sentais bien ce matin, mieux qu’hier, surement parce que j’ai arrêté de négliger le pouvoir de la bouffe. Hier, j’ai mangé un bon dhal bat (le plat népalaisà base de riz et de lentilles) et ça m’a donné de l’énergie. Max s’est resservi 3 fois, dans l’hilarité générale. Bref, la journée m’a semblée bien plus facile. Pourtant, on a fait fait beaucoup de dénivelé !

Comme on a tracé à deux, nous n’avons pas revu les autres de la journée. On a même doublé pas mal de randonneurs, j’étais hyper fière. On a fait deux petites pauses pour manger un peu, mais nous ne nous sommes pas vraiment arrêtés. Au final, on a dépassé Dharapani, où nous pensions à la base s’arrêter pour la nuit. On est allés dans la ville suivante, Bagarchhap. On a pris une douche tiède et on s’est réfugiés dans nos sacs de couchage pour fuir le froid. On commence à sentir l’altitude, et en plus il s’est mis à pleuvoir…

Jour 4

En pleine forme !

Départ : Bagarchhap (2160m)
Arrivée : Chame (2740m)
Temps de marche : 6h30

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La journée de marche s’est finie tôt aujourd’hui. Comme on partait de plus près, il ne nous a fallu que 5h pour aller à Chame. C’est un plus grand village que le reste de ce que l’on a vu, bordé de dizaines de lodges.

La marche d’aujourd’hui a été difficile au début. On a grimpé un long mur de pierre suivi d’immenses escaliers. Ensuite, ça n’a été qu’une pente ascendante régulière. Nous ne nous sommes pas vraiment arrêtés et on est arrivés à 13h au village. On aurait pu continuer, mais la prochaine ville était 2h plus loin et ça réduisait trop le temps de marche pour le lendemain. Il faut vraiment prendre l’altitude en compte et s’acclimater : on est déjà à 2700 mètres. Autant prendre notre temps !

Pour l’instant, j’ai parfois mal au dos et quelques ampoules, mais sinon ça va. Il nous reste deux jours pour arriver à Manang, où les choses sérieuses commencent. Max aimerait aller au Tilicho Lake, le lac le plus haut du monde, mais ça rajoute trois jours de marche en plus de notre trajet. Je ne sais pas si on va le tenter. On verra !

Jour 5

Le début de l’émerveillement

Départ : Chame (2740m)
Arrivée : Upper Pisang (3300m)
Temps de marche : 4h

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Aujourd’hui a été notre plus belle journée de trek depuis le début. D’abord, elle fut courte. On aurait pu s’arrêter plus loin, mais ça aurait été prendre trop d’altitude d’un coup.

Ce matin on a retrouvé tous les groupes au départ de Chame. Comme tout le monde part forcément du même village (et à peu près à la même heure), on s’est vite retrouvés les uns sur les autres. Je n’ai pas trop aimé. Puis on a pris de la distance, et ça allait mieux. En tous cas, on a revu notre ancien groupe. Il y en a qui ont tellement d’ampoules qu’ils font la rando à pied. C’est fou !

Au début on est passés par des falaises avec des forêts denses, puis on est arrivés dans une plaine avec une vue incroyable sur les montagnes. On a passé le cap des 3000 mètres. Certains commencent à avoir du mal à respirer, mais pour l’instant on se sent bien.

Avec le soleil tapant, la marche était très agréable. Le ciel est magnifique, il n’y a pas un seul nuage. Ce sont des paysages de dingue !

Ce soir on dort dans un cabanon en bois très joli avec vue sur les montagnes. Pour l’instant le soleil nous chauffe, donc on se sent bien. On a même pu laver nos vêtements avec l’espoir qu’ils sèchent ! Mais je ne me fais pas d’illusion, je sais que dans quelques heures on va geler. Demain : objectif Manang !

Jour 6

Arrivée à Manang

Départ : Upper Pisang (3300m)
Arrivée : Manang (3540m)
Temps de marche : 6h30

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Aujourd’hui, c’était la plus dure journée depuis le départ. Dès le matin, il a fallu grimper une colline interminable (à 3900m) puis redescendre doucement par le chemin de trek ultra poussiéreux. La journée fut très longue, surtout à la fin : on a même crus être arrivés à Manang alors que nous n’étions encore qu’au village d’avant. Belle déception.

Côté paysage par contre, c’était vraiment magnifique. Des rivières, des forêts de pins, des décors arides, le tout entouré des sublimes sommets enneigés sous un ciel parfaitement bleu !

Maintenant que l’on est à Manang, il faut que l’on décide ce que l’on fait. On voulait aller au Tilicho Lake (le lac le plus haut du monde), mais le trajet a l’air dur et dangereux. Du coup, je le sens moyen… Autant que l’on se concentre sur la passe. A voir…

Jour 7

Acclimatation au Ice Lake

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Aujourd’hui est notre jour d’acclimatation. Le but est de monter le plus possible en altitude, puis de redescendre à Manang pour y passer une nouvelle nuit. En faisant ça, on a moins de risque de subir le mal des montagnes et on se prépare pour la suite du trek.

On avait plusieurs choix quant à la rando d’acclimatation à faire. Notre ancien groupe a choisi de faire un petit trek de 3h au bord de la ville. Nous, nous avons d’abord pensé à avancer simplement sur le chemin de notre trek principal, mais c’était un peu bête de faire ce chemin deux fois… Du coup on s’est couchés hier sans savoir ce que nous allions faire aujourd’hui.

Au réveil ce matin, j’ai profité de la connexion internet pour trouver des idées de trek à faire depuis Manang. J’ai vu ensuite qu’il y avait en fait un panneau dans la ville qui donne les différents chemin de trek dans le coin et leur qualité d’acclimatation. Mais bref, c’est comme ça que j’ai trouvé le Ice Lake. C’est un lac gelé situé à 4600 mètres d’altitude. Pas tout près ! Au petit déj, Chris (le guide népalais qui accompagne notre ancien groupe), nous dit qu’il nous faudra au moins 7h si on veut y aller. On se dit donc que c’est un objectif trop ambitieux. Notre nouveau plan : aller le plus loin possible et voir comment on se sent.

On part donc en commençant par nous rendre au village précédant Manang, puis on emprunte le chemin de trek. Au début, ça va, on contourne la montagne. Puis le chemin se met à grimper sec. Comme d’hab’, je marche de façon régulière, sans m’arrêter, mais très lentement. Je ressens le manque d’air et je reprends mon souffle dès que je me sens trop à court. J’ai toujours l’angoisse du mal des montagnes, alors je m’arrête à la moindre inquiétude.

Je bois aussi énormément, pour éviter les maux de tête. Sauf que l’on a qu’une gourde pour deux, et pour la première fois depuis le début du trek, on ne trouve aucune source d’eau. Hors de question de continuer sans.

On décide donc de grimper une dernière montagne et de s’arrêter en haut avant de faire demi-tour. Heureusement, une fois là-haut, on aperçoit une maison. Même si elle n’est pas habitée, on trouve une réserve d’eau stagnante à l’extérieur. Ce n’est pas très rassurant, mais avec notre paille filtrante on ne risque rien. Alors on fait le plein et on reprend l’ascension.

Après la troisième montagne, on tombe sur un troupeau de chamois. On est impressionnés et un peu émus. On n’en avait jamais vu d’aussi près. Du coup, ça nous motive un peu et on grimpe une quatrième montagne. On ne veut plus abandonner maintenant, on a croisé un panneau qui nous dit qu’il ne reste plus qu’une heure trente de grimpe. On ne va pas faire demi-tour !

On continue donc de grimper, très lentement. On rencontre quelques trekkeurs qui ont des maux de tête et qui préfèrent redescendre. De notre côté, ça va, alors on continue.

Après cette dernière montagne et 5h d’ascension, on arrive finalement au lac. Le lac en lui-même n’est pas très impressionnant, mais le paysage autour est fou. On fait une pause pour grignoter ici, pour s’acclimater encore mieux. Il y a un peu de vent mais le soleil brille tellement que l’on a même pas froid. On l’a fait, on est à 4600 mètres !

Mais il reste la descente, et même si c’est moins long, c’est peut-être la pire partie. Mes pieds cognent dans mes chaussures et j’ai un mal de chien. J’ai vu ce soir que j’ai d’ailleurs gagné de bonnes ampoules !

Il nous a fallu deux heures pour redescendre, et encore 30 minutes pour rejoindre Manang. On est épuisés, mais ravis. On se lave rapidement sous une douche glacée, on s’habille et on file attendre nos dhal bat. Demain, on reprend le trek principal !

Jour 8

L’altitude nous gagne

Départ : Manang (3540m)
Arrivée : Leddar (4200m)
Temps de marche : 6h

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On a quitté Manang aujourd’hui pour aller à l’avant-dernière étape avant la passe. Le groupe est parti ce matin pour le Tilicho Lake. On a beaucoup hésité, mais on a décidé de continuer sans détour. On a peur que la météo change et que l’on soit coincés à la passe. Il n’y a pas d’autre chemin, si c’est fermé, on devra tout faire en chemin inverse.

Je m’attendais donc à une journée plutôt facile. J’avais en tête 4h de marche avant d’arriver au village. Mais dès le départ, je me sens très faible. J’ai du mal à grimper la colline, alors que j’ai déjà fait bien plus dur depuis le début. Mais impossible pour moi de marcher. Je suis lente et essoufflée. Je tape dans la bouffe (viande séché, mentos, barres) pour prendre toute l’énergie que je peux. Je ne sais pas d’où vient le soucis : surement la journée d’hier qui a été épuisante, additionnée au fait que je n’ai pris qu’un toast pour le petit déj’. C’était trop léger. En plus, j’ai du mal à me réhabituer au poids du sac.

Je m’énerve sur le fait d’être aussi lente, j’en ai même les larmes aux yeux sous le coup de la rage. Je fini par m’asseoir et me poser. Quand je repars, ça va mieux. J’arrive finalement à reprendre un rythme à peu près normal.

Le reste de la journée s’est mieux passé. On se fait même une petite pause en mangeant du fromage de Yak trouvé dans une lodge sur le chemin.

On a choisi d’aller à Leddar. Si on s’était arrêté au village d’avant, on ne pourrait pas traverser la passe dans les deux jours. Il nous faudrait faire une autre étape d’acclimatation, ou partir de plus loin le jour J, ce que l’on aimerait éviter. C’est pour ça que je ne pouvais pas laisser tomber.

La fin de la journée est de nouveau compliquée pour moi. Mais pas à pas, on a fini par arriver à Leddar. On a trouvé ici un groupe assez mixte avec qui on passe le temps avant de manger : des belges, des français, des canadiens, des anglais, une américaine… On passe un super moment.

Demain on doit normalement aller au High Camp. J’espère que tout va bien se passer.

Jour 9

La plus haute nuit de notre vie

Départ : Leddar (4200m)
Arrivée : High Camp (4900m)
Temps de marche : 4h

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Ca y est : on est à la dernière étape. Demain, on doit traverser la passe de Thorong-la, la plus haute du monde !

La journée a été éprouvante, même si elle a été plutôt courte. On est partis dans un froid glacial ce matin. Pou la première fois, j’ai eu froid cette nuit. Il faut dire que la chambre était en dessous de 0°. Avec l’altitude, j’ai en plus assez mal dormi (par à-coup, avec des réveils fréquents toute la nuit). Les souris sont en plus venues dans notre chambre pour nous réveiller fréquemment.

On est donc partis ce matin pour rejoindre le high camp. C’est finalement l’option que nous avons choisi : on préfère dormir plus haut mais avoir moins de trajet à faire pour arriver à la passe.

A cette altitude, tous les mouvements sont épuisants. La montée depuis Thorong Pedi (le Base Camp) jusqu’au High Camp (1h de montée) fut longue et compliquée. On est bien contents de ne pas avoir à faire ça demain dans la nuit glaciale à la lampe torche…

On est arrivés au camp à midi, en marchant toujours extrêmement lentement. J’ai peur de m’essouffler et d’avoir des crises de panique à cause du manque d’air. Une fois arrivés, on a pris une chambre (pour la première fois, nous avons dû payer) et on est montés sur la colline d’à-côté. Le but était de s’acclimater pour demain. On a donc passé une heure là-haut, avec tout le groupe. Puis on est redescendus et on a commandé une soupe à l’ail (réputée bonne contre le mal de l’altitude). Les plats sont excessivement chers, mais pour une fois on n’a pas voulu sauter le repas du midi. Il nous faut de la force !

On a ensuite passé l’après-midi à jouer aux cartes avec le groupe et c’était super. Ça nous a permis d’oublier un peu qu’on était si haut et qu’on ne respire pas de la même façon. J’ai parfois des petits maux de tête, mais ça passe en buvant beaucoup d’eau.

Demain on doit se réveiller à 5h pour débuter l’ascension de la passe avant que le vent se lève. Avec le froid, l’altitude et le stress, je doute que l’on dorme bien. J’ai tellement hâte que cette étape soit passée ! On pourra ensuite retrouver un peu de chaleur et surtout être sûrs de ne pas devoir faire marcher arrière. En espérant que l’on ai un peu de soleil, parce que le ciel commence déjà à bien se couvrir…

Jour 10

Passe de Thorong-la, nous voilà !

Départ : High Camp (4900m)
Arrivée : Thorong-la pass (5416m) puis Muktinath (3760m)
Temps de marche : 7h30

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Ca y est ! On a traversé la passe !

Ce matin, le réveil à sonné à 5h15. Le temps que l’on se prépare et que l’on mange, on est partis peu avant 6h.

Il faisait finalement moins froid que ce que je pensais. J’ai toutes mes couches de vêtements sur moi au réveil, mais au début ça me suffit. La nuit aussi a été plus supportable que prévue. J’ai même eu trop chaud à un moment. L’altitude m’a beaucoup réveillée, mais ça allait. Le pire, c’était la souris qui n’arrêtait pas de gratter dans nos sacs et que l’on devait chasser au milieu de la nuit. Mais au réveil, ça va.

On a mangé notre champa porridge (porridge népalais) et on a filé dans la nuit encore noire. On commence l’ascension à la lumière de nos lampes frontales. Ça monte autant que la veille et notre souffle est très court. Le soleil arrive vite, mais il est caché par la nuages. Il ne nous réchauffe pas. L’ascension est longue et de plus en plus pénible. Le vent se lève et nous glace, et je n’arrive plus à respirer.

J’essaie de boire autant que je peux mais ça me donne envie de faire pipi et je n’ai aucun endroit où me cacher. Alors tant pis, je m’arrête au milieu du chemin dès que j’en ai besoin, même si tout le monde voit mes fesses !

Il y a des lumières filantes qui passent devant mes yeux, surement à cause du froid et de la fatigue. Mais hors de question de faire demi-tour, je me sens encore bien.

Il nous a fallu 2h30 pour arriver à la passe. Elle sort un peu de nul part. Les autres pensaient qu’il ne fallait marcher qu’une heure pour l’atteindre, mais moi je savais que c’était plus loin que ça. Donc je ne suis pas frustrée de ne pas être arrivée à chaque fois que l’on passe une nouvelle colline…

L’arrivée est un peu décevante, sans que je ne sache pourquoi. Il n’y a pas de neige, le ciel est tout gris, les drapeaux sont abîmés… Mais on est quand même ultra fiers d’y être : 5416m ! Nous ne sommes jamais allés aussi haut de notre vie !

Une fois en haut on croise tout ceux que l’on a vu ces derniers jours. Tout le monde se félicite et se saute dans les bras. On reste un peu, le temps de prendre des photos-souvenirs, mais il fait quand même très froid. On entame donc vite la descente tous les deux.

On savait que ce ne serait pas la partie la plus facile. Il faut descendre 1700 mètres de dénivelé ! Ca nous prendra près de 5h. J’ai les jambes en vrac. La chaleur revient petit à petit mais le ciel est tout gris et on n’est pas vraiment réchauffés.

Je fini par apercevoir Muktinath. On se rend dans l’auberge Bob Marley où on sait que le groupe va se rendre aussi. On prend une bonne douche (presque chaude) et on passe la soirée à jouer aux cartes avec tout le monde. On se prend même une bière pour fêter notre réussite (malgré son prix exorbitant) !

C’était une chouette journée. On a surement passé le plus dur ! Mais le trek n’est pas fini, il nous reste du chemin avant de rentrer dans la chaleur (relative) de Pokhara.

Jour 11

Trek pluvieux de groupe jusqu’au YakDonald

Départ : Muktinath (3760m)
Arrivée : Jomsom (2700m)
Temps de marche : 6h

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On est partis très tard ce matin, pour rester avec le groupe. Il faisait un sale temps. Notre plan de groupe était d’aller à Jomsom en passant plutôt par la route que le chemin de trek. Ca nous permettait de nous arrêter à mi-chemin dans un village qui avait un resto « Yak Donald » dans lequel on pouvait manger un burger de yak. On trouvait ça trop drôle, alors on y est allé.

Le burger était bon, mais peu copieux et très cher (700 roupies). Les garçons criaient leur faim et leur frustration !

On est repartis vers 14h, sous un début de pluie. Il nous a fallu 3h de marche humide pour arriver à Jomsom. La ville ne nous a pas fait une bonne impression. Tout est gris et désertique, avec du béton et des constructions partout. On a rejoint la première partie du groupe arrivée avant nous. L’hôtel que l’on a trouvé est très mauvais et excessivement cher pour la qualité. On paye autant qu’au High Camp et les proprio essaient de nous arnaquer un peu tout le temps. Il n’y a pas d’eau chaude, les chambres sont au sous-sol (donc gelées) et il y a une coupure de courant qui fait que l’on a ni lumière, ni internet. La bouffe n’est pas très bonne et pas généreuse. Mais au moins, on passe une dernière soirée avec le groupe. On joue aux cartes et on se marre bien, puis on fini par aller se coucher. Une majorité des gens du groupe prend une jeep commune demain pour retourner à Pokhara.

De notre côté, on aimerait continuer un peu à pied (notamment pour éviter les routes extrêmement dangereuses en voiture), mais il faut que la météo le permette. Il a plu et neigé toute la journée, les montagnes sont toutes blanches. Je ne sais pas si notre ancien groupe pourra traverser la passe…

Jour 12

De nouveau solo

Départ : Jomsom (2700m)
Arrivée : Turkuche (2600m)
Temps de marche : 5h

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Ce matin à notre réveil, tout le monde était déjà parti. On a pris un petit déj’ vraiment moyen et on s’est mis en marche. Il ne faisait pas très beau, mais pas horrible non plus.

On a quitté Jomsom par le chemin de trek, mais ça m’a vite énervée. Je ne me sentais pas de marcher 7h, de monter et descendre des collines. D’abord, parce que j’ai d’énormes courbatures (alors qu’hier était une journée plutôt calme puisque l’on avait que du plat, mais je n’ai presque pas bu de la journée et ça n’a pas dû aider). Ensuite, parce qu’il faut bien l’admettre, une fois la passe franchie une bonne partie de notre motivation s’est envolée. Tout le monde est parti, les routes sont vides et il y a beaucoup de vent et de poussière, ce qui ne rend pas la marche agréable. En plus, on a marché près de 7h chaque jour depuis presque deux semaines et je commence à me lasser. Je rêve de chaleur, d’une vraie douche, de vêtements propres, de glandage sur internet.

Du coup on décide d’avancer plus vite pour prendre un bus demain. On rejoint la route, qui est plus rapide que le chemin de trek. Au bout de 5h on arrive à Turkuche, un joli village très coloré. On voulait aller plus loin, mais j’ai vraiment trop mal aux jambes et j’en ai marre. Du coup on décide de dormir ici.

On trouve un hôtel rapidement, puis Max va se renseigner pour qu’on puisse prendre un bus le lendemain. Mais c’est sans compter sur notre chance habituelle : demain ont lieu des élections dans la région de Pokhara. Selon toute la logique népalaise, il n’y a donc aucun bus qui circule dans la journée.

Pas le choix alors, nous marcherons encore demain, histoire d’avancer et de réduire notre temps de transport. Nous prendrons un bus le jour suivant !

Jour 13

Mal de dent et derniers kilomètres

Départ : Turkuche (2600m)
Arrivée : Ghasa (2000m)
Temps de marche : 5h30

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Nous venons de finir notre dernière journée de trek ! Et ce fut dur.

Ce matin j’ai fait un faux mouvement et je me suis bloquée le cou. En plus de ça, ça fait deux jours que j’ai mal aux dents et ça me stresse pas mal. Dès que j’arrive à Pokhara, je me mettrais à la recherche d’un dentiste. Pour l’instant je ne peux qu’attendre.

On a marché jusqu’à Ghasa comme prévu. On a principalement suivi la route mais il y avait quand même quelques chemins de trek assez jolis. D’autant que la météo était meilleure, le ciel était presque tout bleu !

Contrairement à ce que l’on pensait, il n’y a pas de bus qui part de Ghasa. C’est une ville minuscule. Il faut arrêter le bus qui vient de Jomsom et qui coûte 1000 roupies, même si on part de mi-chemin. Super. En plus, on n’aura pas de place assise puisqu’ils font du sur-booking. On peut tenter les bus locaux mais on aura surement un changement et ce ne sera pas forcément rentable.

Avec mon problème de dent, j’ai vraiment hâte de rentrer à Pokhara. Sinon on aurait peut-être continué jusqu’à Beni, à deux jours de marche, histoire de vraiment finir le chemin de trek. C’est vrai que les paysages sont moins beaux depuis que l’on a traversé la passe, mais ça fait quand même partie du circuit du tour des Annapurna et on voit les montagnes sous un autre angle. En même temps je suis tellement fatiguée que j’ai hâte de rentrer, d’avoir une douche chaude, des vêtements propres et pouvoir me reposer un peu.

Mais quoiqu’il en soit, ce fut une super aventure ! Je n’aurais jamais cru être capable de monter si haut ! L’effort se voit sur nos corps, on a perdu pas mal de poids (surtout Max, évidemment) ! On se rattrapera à Pokhara une fois que je serais soignée 🙂


On est arrivés !

Voila pour le détail de notre super trek ! Ce que je dirais pour finir, c’est qu’en marchant là-haut j’ai réalisé une chose importante : quand on est en bas, les sommets paraissent inatteignables. On n’imagine pas pouvoir les gravir, et encore moins avec la seule force de nos jambes. Quand on commence à imaginer tout ce qui nous attend pour y arriver, on se décourage et on a envie d’abandonner. Mais pas à pas, centimètre par centimètre, les paysages changent et on se retrouve bien plus vite que prévu à des kilomètres de notre point de départ. Même avec l’altitude, la lenteur de la marche et les difficultés, on avançait toujours et je me disais que chaque pas était une victoire. Au final, on était toujours captivés par la distance que l’on avait réussi à mettre entre notre point de départ et celui d’arrivée.
Je ne veux pas me la jouer philosophe, mais j’ai vraiment compris quelque chose là-haut. C’est valable pour tout. Il faut arrêter de flipper devant l’immensité d’une tâche et se contenter de prendre les étapes dans l’ordre, pas à pas, jour après jour. Et avant même d’avoir le temps d’y penser, on est déjà trop avancé pour penser à renoncer. Et un beau jour, qu’il soit tôt ou tard, on finit par atteindre notre but. Merci la nature ! 🙂

Et puisque c’était quand même l’apogée de tous nos efforts, je remets notre photo de la victoire, à la Thorong-la Pass, la plus haute du monde :


Sri Lanka, Inde, Népal, Myanmar, Vietnam et Cambodge… Retrouvez ici le bilan et les anecdotes de nos 6 premiers mois de voyage en Asie !

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