Nyapyidaw, la capitale fantôme (ou comment dormir dans un hôtel 5* pour 30 euros)

Si dans la pratique tout le monde considére Yangon comme la capitale du Myanmar, la capitale officielle est pourtant Nyapyidaw.

L’histoire de cette ville est incroyable et incompréhensible, et c’est justement ce qui nous a poussé à nous y rendre.

En 2005, la junte militaire qui contrôle le pays annonce à la population (et au monde) que la capitale sera déplacée, et ce du jour au lendemain. De Yangon ça doit devenir Nyapyidaw, ou, selon son nom local, « Nya Pyi Taw ». Les fonctionnaires doivent donc déménager à plus de 200 km au nord-ouest.

C’est déjà inhabituel, mais ce qui l’est encore plus c’est que la ville a été construite à partir de rien en un temps record. Et elle a été pensée en grand format : plus de 7000 km2 (soit six fois la taille de Paris et de sa banlieue), des parcours de golf, des dizaines de ronds points et pelouses parfaitement entretenues, des hôtels de luxe… Nul doute que le gouvernement Birman avaient de grands projets pour la ville. Ils ont même créé une réplique grandeur nature de la célèbre pagode Shwedagon, pour que les gens ne regrettent pas celle de Yangon ! Coûts des travaux estimés : 4,5 milliards de dollars. Pour un pays dont le salaire moyen tourne autour de 50 euros, ça fait peur !

Sauf qu’en plus, les choses ne se sont pas du tout passées comme ils le pensaient. Le gouvernement annonce aujourd’hui plus d’un million d’habitants, mais la réalité est plus proche des 100 000 (d’après les journalistes de The Guardian partis enquêter sur le terrain).

Ce n’est pas vraiment surprenant quand on voit comment la ville a été pensée : la gare routière se situe à plus de 30 kilomètres, tout comme la gare ferroviaire et l’aéroport ; il n’y a pas de centre ville mais de nombreux quartiers résidentiels très éloignés les uns des autres qui ne facilitent pas les déplacements. Le tout manque cruellement de charme, d’histoire et de vie. Un beau foirage !

Résultat : dix ans plus tard, il n’y a aucune activité touristique ou économique. Même les ambassades sont restées à Yangon. La ville est absolument déserte ! Ça donne des panoramas complètement dingues, comme des routes de 20 voies sur lesquelles ne roule aucune voiture, ou des gardiens qui gardent… des parking vides.

Quant aux raisons qui ont poussé à déplacer la capitale, elles restent très mystérieuses. Certains y voient la peur de l’armée de subir une invasion américaine par la mer, d’autres un moyen de se rapprocher des ethnies contestataires. Il est également possible que ce soit encore la volonté des généraux de suivre les conseils des astrologues (comme ça a souvent été le cas en Birmanie). Mais aucune de ses explications suffisent à justifier de tels investissements !

Pourtant, la capitale fantôme est toujours très bien entretenue. On se croirait à Los Angeles après une apocalypse qui aurait supprimé la race humaine…

Et comme personne ne vient dans cette ville (à part quelques diplomates), les hôtels de luxe aussi sont vides. C’est comme ça que l’on trouve les hôtels 5* les moins chers du monde !

Les prix pour une chambre commencent à 60 euros, mais avec nos réductions accumulées via les sites de réservation depuis notre départ, on est tombé à 30 euros (soit 15 euros chacun). Même pas le double de nos logements habituels !

Nous, on ne voulait absolument pas rater ca, et surtout pour voir la capitale fantôme ! Nous nous sommes donc rendus à Nyapyidaw en train depuis Mandalay.

Notre première impression sera la même que pour le reste de notre séjour : une ville extrêmement riche complètement déserte. On croirait vraiment avoir changé de pays ! Le ton est donné dès la gare, un immense bâtiment carrelé devant lequel se trouve un seul taxi. Personne ne s’embête plus à venir ici. Mais aujourd’hui ce chauffeur aura eu raison de se lever puisque nous descendons du train. D’ailleurs, on se demande encore si il n’a pas été prévenu de notre arrivée car il est monté directement dans NOTRE wagon… Étrange.

On roulera trente minutes (ce qui nous coûtera 12x plus cher que le trajet de 6h en train) pour arriver à l’hôtel. Le chauffeur n’a tellement pas l’habitude qu’il nous amène dans un mauvais hôtel. Il faudra finalement lui donner le téléphone de Max en mode GPS (et même comme ça il lui a quand même fallu deux essais…).

Et puis arrive le moment le plus gênant/marrant du voyage : Max et moi qui débarquons dans un hôtel de luxe, habillés avec nos vêtements déformés, nos baskets trouées et nos sacs à dos aux housses noires de saleté, la guitare à la main. Je ne savais plus où me mettre mais tout indiquait que nous n’avions rien à faire ici.

Nous avons découvert notre chambre puis avons filé vers la piscine, sans jamais finir de s’extasier face au peu d’utilisation de l’endroit : salle de gym, restaurants, piscine, lounge, accueil, jardin, pêche dans le lac… Des dizaines de salariés mais aucun client en vue. Nous étions seuls au monde !

Et la piscine est loin d’être dégueue ! Une jolie piscine à débordement, avec vue sur le lac et transats les pieds dans l’eau. Parfait pour se reposer d’une matinée de train trop matinale en profitant des 35° ambiants. Un employé est même posté devant la piscine et nous apporte des serviettes. Le pauvre est là de 5h à 21h tous les jours, il doit bien s’emmerder.

Après une bonne après-midi piscine (elle est quand même bien glacée alors on ne reste pas trop longtemps dedans mais on profite des transats !), on est allés se prélasser dans nos chambres de luxe.

On évite le resto assez cher de l’hôtel (pas tellement cher pour un hôtel de luxe, mais trop pour notre budget en tous cas) et on se contente de grignoter ce qu’il nous reste de notre pique nique dans le train.

Ça tombe bien parce qu’après une bonne nuit de sommeil, on a accès au petit dej inclus. Et là, on se rend compte qu’on va faire notre repas du mois (au moins !)… Les pâtisseries et les cupcakes côtoient les confitures et les jus de fruits frais, les fromages se partagent un stand avec les sushis, les olives marinés et le tarama, les céréales et trois différents types de lait peuvent se mélanger à une variété de fruits frais coupés… Les plats locaux ne sont d’ailleurs pas en reste, ainsi que les plats américains et européens (bacon ou french toast ?). Et cerise sur le buffet, on a même du BLEU. Du vrai de vrai, du genre qu’on ne pensait pas trouver par delà l’Atlantique et la Méditerranée. Dingue.

Évidemment, on a passé une bonne demi-heure à goûter tout ce qu’on pouvait. Dans cette immense salle avec des milliers d’assiettes et de bols se trouvent une petit dizaine de salariés… et trois clients (plus nous). Je me demande encore comment ils gèrent les stocks et ce qu’ils font du reste de nourriture.

On a ensuite de nouveau profité de la piscine quelques heures avant de récupérer nos sacs et de faire les 15 km qui nous séparent de la gare la plus proche à pied. Ben oui, le taxi nous aurait coûté bien trop cher pour notre budget, et puisqu’on a le temps autant redevenir de vrais baroudeurs !

En tous cas c’était une expérience bien drôle que je ne regrette pas d’avoir vécue. Rouler sur ces voies vides et se faire dévisager par les rares locaux (témoignant ainsi du peu de touristes qui viennent jusqu’ici) est un souvenir assez fou. Et ça nous permet bien de voir à quel point les décisions du gouvernement Birmans sont parfois absurdes et vont clairement à l’encontre du bien être de la population.

Bon, et en prime j’ai même pu mettre mon maillot de bain à profit ! Pour la première fois depuis notre départ !

Mais il ne faut pas s’habituer : après cet épisode grand luxe, nous reprenons nos sacs direction Taungoo, où notre chambre de 6m² à 13 dollars nous fera forcément un peu moins rêver… 🙂


Sri Lanka, Inde, Népal, Myanmar, Vietnam et Cambodge… Retrouvez ici le bilan et les anecdotes de nos 6 premiers mois de voyage en Asie !

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