Mysore : entre palais illuminé, rencontres semi-hasardeuses et guerre aux huiles essentielles

mysoreAprès avoir dit au revoir au Kerala, nous arrivons à Mysore, dans l’état du Karnataka.

Il est 5 heures du matin quand notre train arrive. Pour une fois qu’un train indien est à l’heure, il faut que ce soit à 5 heures du mat !…

Puisque notre chambre d’hôtel n’est pas disponible avant 10 h, nous traînons dans la ville et observons l’Inde se réveiller. On voit ainsi les vendeurs préparer leurs étales pour le marché : fruits, fleurs, journaux…

Mais on croise aussi pas mal d’alcooliques un peu perdus, notamment un qui s’approchera de nous pour coller sous le nez de Max… un pigeon vivant qu’il serre dans sa main. On n’a pas compris ce qu’il voulait (rien, probablement), mais il était bien insistant. C’était notre moment comique de la matinée.

Après un bon petit déj aux aurores, nous allons à l’hôtel pour nous reposer un peu. Nous ressortirons en fin d’après-midi pour voir la ville, et surtout son palais.

Mysore est une « petite » ville de près d’un million d’habitants. Si elle est quand même plus oppressante et sale que les villes du Kerala, elle n’en reste pas moins plus calme et propre que celles du Tamil Nadu (ou de Bangalore, la capitale de l’état).

Mysore est surtout connue pour son grand palais, qui a la spécificité de s’éclairer de près de 100 000 ampoules pendant une heure chaque dimanche soir et jour de fête. Nous avons donc fait exprès d’y être un dimanche, mais c’était sans penser à la quantité incroyable de fêtes indiennes : le lendemain, le palais était de nouveau éclairé !

J’avais beaucoup lu que c’est un des plus beaux palais de l’Inde de sud. Bon, en même temps il n’y en a pas des masses, mais c’est vrai qu’il est impressionnant. D’autant que les temples qui entourent la place sont également éclairés, ce qui fait qu’on voit les lumières à 360 degrés.

La foule est d’ailleurs rassemblée devant le palais pour attendre 19 h tapantes que les lumières s’allument. Il y a des touristes étrangers, mais surtout des indiens que nous savons maintenant être de gros voyageurs (dans leur propre pays). Il y a aussi des locaux, qui profitent de l’occasion pour se réunir en famille dans le parc.

(Attention : la vidéo qui suit montre l’éclairage du palais. C’est dommage de la regarder si on a l’intention d’y aller. Je sais que je n’aurais pas aimé perso 😉 )

Nous sortons des jardins pour retourner dans les rues où ont lieux des concerts que nous écoutons pendant un moment. La vue est vraiment pas mal !

Le lendemain, nous décidons de retourner voir le palais pour en faire la visite, de plein jour, en faisant un petit crochet par le marché.

En cherchant un resto où manger avant d’y aller, nous nous faisons aborder par un local. On a l’habitude des chauffeurs de tuk-tuk, alors on le jette un peu, mais il nous assure qu’il ne bosse pas dans le tourisme et qu’il veut juste aider. Bon, pourquoi pas. Il nous conseille un bon endroit où manger et nous amène devant. Et effectivement, nous avons eu les meilleurs dosas que l’on a pu goûter en Inde, une tuerie ! Mais quelques centaines de mètres plus loin, nous retombons sur lui, « par hasard ».

Il se fait appeler « Max », mais son vrai nom est « Rhan ». Il est très gentil, j’aime bien parler avec lui et j’apprends pas mal de choses sur la ville. Il nous fait d’ailleurs tester les cigarettes locales.

Mais au lieu de nous amener au marché (où nous lui avions dit que nous allions), il nous fait entrer chez un fabriquant d’encens

L’endroit est très sympa, le propriétaire est adorable et nous explique tout le procédé de fabrication. Il me fait même essayer le « roulage d’encens ». Mais tout ça semble beaucoup trop rodé pour être spontané. Il insiste pour que je prenne des photos, y compris de l’artisane qui est payée à rouler près de 6000 bâtons d’encens par jour. Je m’exécute, mais je décide au même moment de ne jamais les publier. Ça faisait trop « exhibition humaine », et cette dame assise par terre qui devait avoir près de 60 ans ne m’a jamais donné son accord explicite. Combien est-elle payée pour ça, et pour le temps que je lui ai pris ? Je suis un peu mal à l’aise…

Après l’encens, on nous fait passer dans la pièce d’à-côté où le propriétaire de la fabrique nous fait tester ses différentes huiles essentielles, grande spécialité de Mysore. Le moment est agréable. On nous amène un délicieux thé massala.

Ca n’y coupe pas : ils ont beau expliquer qu’on n’est pas forcés d’acheter, on se sent un peu contraints quand même. Ils nous répètent en boucle de ne pas en prendre au marché de Mysore, parce qu’elles sont coupées à l’alcool. Les étrangers venus avant nous l’ont même écrit sur les murs dans leurs langues natales, comme « conseils aux futurs voyageurs ».

Après la visite, nous indiquons de nouveau à notre guide improvisé que nous voulons aller au marché puis au palais. Mais il ne nous écoute pas, et 20 minutes plus tard nous nous retrouvons dans une boutique de soie. A peine entrés, un vendeur nous saute dessus et nous sort un argumentaire très bien travaillé. En trente secondes, je me retrouve avec une écharpe autour du cou. Il faut qu’on le coupe pour lui dire qu’on ne veut rien et qu’on ne va rien acheter de toutes façons. Il part alors aussi vite que désintéressé. 

Cette fois, nous sortons de la boutique et disons au revoir à Rhan. J’ai cru pendant un moment à une rencontre fortuite, à un hasard désintéressé. Mais je sais bien que ces deux boutiques payent à la commission les rabatteurs qui amènent les touristes. D’habitude, c’est plutôt les chauffeurs de tuk-tuk d’ailleurs. En soi, ce n’est qu’une méthode de publicité comme une autre : on ne s’outre pas d’acheter des parfums dont la majorité du prix arrivera dans les poches de sa starlette du moment. Sans les rabatteurs, ces endroits de Mysore seraient totalement inconnus, et les moments passés restent agréables et plaisants. Ce n’est pas « une arnaque ».

Mais ce qui me rend quand même un peu triste c’est que l’on pense pendant un instant (plus ou moins long selon la lucidité du voyageur) être un privilégié, quelqu’un qui a fait une belle rencontre dans une ville inconnue. Mais dès que les enjeux financiers ne sont plus là, l’intérêt disparaît.

Mon humeur un peu maussade ne va pas s’arranger en allant au marché de Mysore

Quand nous arrivons sur place, nous avons à peine le temps de regarder autour de nous qu’un jeune homme nous saute dessus : « Bonyour ! » (oui, c’est comme ça qu’ils disent « bonjour » avec l’accent indien). Et comme dans les boutiques précédentes, il me sort un laïus sur la fabrication des pigments de couleurs, utilisant à moitié de l’anglais, à moitié des mots français pas tellement compréhensibles. 

Il finit par me demander de lui traduire un message qu’il a reçu d’une amie française et qu’il ne comprend pas. Autant je suis naïve, autant pas à ce point-là. Mais bon, tant pis. Je le suis jusqu’à son échoppe, quelques mètres plus loin. Une fois arrivée, j’aurai le droit à toute l’histoire de l’entreprise familiale, ainsi qu’aux photos de lui avec les autres clients blancs (ah, c’est donc ça qu’ils font des selfies qu’ils nous demandent ?). 

Je lui traduis son message vite fait (qui vient d’une touriste française qui dit que son magasin est trop bien…), mais évidemment il s’en fout et écoute à peine. Bref, quand on lui dit que l’on a déjà des huiles essentielles, il nous réponds que nous nous sommes faits arnaqués, que le mec qui nous y a emmené était commissionné, que lui a des prix 4 fois plus bas parce qu’il n’y a pas pub. Ok pour la pub, mais pour la qualité on repassera : il nous fera tester son huile essentielle sur nos T-shirt, et pas sur la peau. En y repensant, c’est ce que je ferais aussi si je mettais de l’alcool dedans…

Bref, leurs histoires de querelles à base d’huiles essentielles m’énervent particulièrement. On finit par quitter la boutique… pour se faire alpaguer par un nouveau vendeur un mètre plus loin. Cette fois, finies les politesses, je continue de tracer. 

« Where are you from? »

« France. »

« Toulouse, Paris? »

« No. »

Je le plante là en accélérant le pas. Dans une tentative désespérée de me retenir, il hurle dans mon dos :

« France ! Nicolas Sarkozy ! »

Ah bah, là, c’est sur que je reviens, tiens.

Bref, je ne verrais rien du marché, qui a l’air pourtant magnifique. A chaque tentative, on se fait harceler par les vendeurs et on finit par laisser tomber.

Nous décidons donc de filer au palais, comme prévu. Et c’est là que mon espoir revient un peu. En nous entendant à un feu rouge, un homme nous demande dans quelle langue nous parlons. Nous entamons la conversation, et je sens tout de suite la différence avec les vendeurs : il ne connait rien de la France, aucun mot ou infos qui pourraient nous attendrir, il n’a rien à nous vendre, il ne veut nous emmener nul part, et dès que son chemin divergera du nôtre, il partira. Nous aurons le temps de parler un peu de nous, de lui (un indien dans la quarantaine, venant de Bangalore mais installé à Mysore pour travailler dans le social), de la ville et du pays. Il me répétera plusieurs fois : « n’achète rien dans le coin, c’est des attrapes-touristes. Va dans les magasins gouvernementaux. ». Moi, je veux surtout ne rien acheter du tout.

Il ne le saura jamais, mais cet homme croisé dix minutes au bord de la route m’a remonté le moral !

Nous réussirons finalement à faire la visite du palais (qui est chouette, mais pas aussi impressionnante que la vue dans la nuit). On y trouve des peintures des différentes familles royales et des grands jardins.

Après deux jours intenses à Mysore, nous prenons finalement notre dernier train indien : direction Bangalore, puis… le Népal !


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